L’action de la pensée sur la matière de Philippe Wallon

 

L’action de la pensée sur la matière comprend deux " grands chapitres ".

1/ Le premier fait l’objet de recherches scientifiques, en laboratoire ou non. On groupe ces manifestations sous le terme de "  psychokinèse "  (en anglais "  PK "  pour "  Psycho Kinesis " ). Dans ce registre, on différentie :

2/ Un chapitre beaucoup plus vaste, mais d’un abord difficile sur le plan de la recherche et ce qu’on groupe sous le terme d’ "action de la pensée sur l’environnement ". Dans ce registre, on peut identifier la réalisation de souhaits, mais aussi de craintes... et d’une manière tout ce qui peut concerner notre interaction consciente ou non sur ce qui nous entoure. L’aspect " paranormal " est ici beaucoup plus difficile à définir.

La psychokinèse

La psychokinèse est, étymologiquement, la capacité de faire bouger des choses directement par l’esprit. Dans l’usage, on réserve ce terme aux phénomènes contrôlés, où le sujet exerce, plus ou moins sciemment, ses facultés, et on l’oppose aux " poltergeists " (les " esprits frappeurs ") quand les phénomènes apparaissent spontanés et désordonnés. En effet, la plupart de ces cas ont pu être attribués, non à esprit immatériel, mais au fonctionnement psychologique d’un être humain, classiquement une jeune fille à l’âge de la puberté.

La psychokinèse peut être spontanée. Elle est plus fréquente qu’il n’y paraît, beaucoup de cas ne sont pas ébruités. En effet, si la télépathie et la voyance sont actuellement bien acceptées, la faculté d’agir sur les faits matériels a encore de grands relents de sorcellerie.

Etant fréquente, la psychokinèse a fait l’objet de nombreuses recherches expérimentales. Celles-ci ont démontré le caractère observable de la psychokinèse, mais les résultats ne sont décelables qu’au prix d’analyses statistiques poussées. On est loin de l’évidence des cas spontanés, et plus encore des poltergeists.

Psychokinèses spontanées

Comme le font remarquer nombre d’auteurs, la "  chance "  ne serait-elle pas la forme la plus courante de psychokinèse ? De tels phénomènes sont en effet souvent méconnus, même pour l’intéressé accoutumé au paranormal :

Mme U., dont je connaissais les dons de voyance, me disait ne plus supporter son interaction avec les appareils électriques. Un jour elle m’appela au téléphone, elle riait : elle n’avait plus besoin de télécommande pour sa télévision ! Dès qu’elle entrait dans son salon, celle-ci s’allumait, et s’éteignait quand elle partait. J’entrepris de la rassurer, alliant le conseil et une approche quasi psychothérapique. Elle raccrocha, pour me rappeler quelques instants après : je l’avais bien calmée, et les appareils ne s’allumaient plus. Les phénomènes cependant se reproduisirent. Son mari, chef d’entreprise, homme pragmatique s’il en est, me déclara, bien plus tard, qu’il serait souhaitable que je fasse quelque chose pour sa femme, il ne supportait plus de ne pas pouvoir se raser tranquille en sa présence : la lampe de la salle de bains clignotait dès qu’elle entrait

Si Mme U. n’était pas accoutumée au paranormal, et qu’elle n’eût pas affaire à un psychiatre, on aurait déjà parlé d’esprit frappeur. Elle a d’emblée conscience d’un chaos intérieur, d’un conflit brutal de tendances contraires, et de sa relation avec ces manifestations anarchiques. L’harmonisation de ces tendances provoque la disparition des faits.

On peut exclure une explication électrique. D’ailleurs, la psychokinèse peut porter sur des phénomènes tout autres, associés aux précédents ou isolés, comme chez Willi Schneider, âgé de dix-huit ans. Le cas est relaté par l’écrivain Thomas Mann (1977), qui en a été témoin :

" La machine à écrire, posée là-bas par terre, commence à cliqueter... Qui tape à la machine ? Personne... Les extrémités de Willi sont maintenues. Avec son bras, à supposer qu’il pût libérer son bras, il n’atteindrait pas la machine, du pied non plus… [...] Déjà la ligne est achevée, on entend le chariot repoussé bruyamment... [...] Mais, quand on regarde la feuille, il n’y a qu’une suite sans signification de lettres minuscules et majuscules... "

Psychokinèse expérimentale

La plupart des recherches scientifiques sur la psychokinèses se sont orientées vers des analyses statistiques, étudiant l’effet de la pensée sur des processus aléatoires, comme les tirages de carte (avec Rhine, par exemple), la chute d’une balle dans une "  cascade mécanique aléatoire "  (ou RMC, Nelson, cité par Broughton, 1995, p. 243), le déplacement aléatoire d’un petit robot (le tychoscope, Peoc’h, 1995) ou encore un phénomène comme la période d’un corps radioactif (Schmitt, cité par Broughton, id., p. 223). D’autres travaux étudièrent les effets de la pensée sur la structure de la matière : Uri Geller, sous contrôle scientifique, rendit des cuillères "  molles comme du chewing-gum (Panati, cité par Broughton, p. 213)...

Peut-on croire Uri Geller ?

Uri Geller s’était rendu célèbre, dans années 70 par d’innombrables expériences réalisées devant le public et qui consistaient, en particulier, en des torsions de cuillères. On l’a pris un jour à frauder, et il en a été déconsidéré. Mais qu’en penser aujourd’hui ? Il s’est, semble-t-il, reconverti dans la recherche pétrolière (utilisant la voyance sur plan en particulier) et en vivrait fort bien.

Plutôt que d’épiloguer sur l’existence ou non de ses facultés, je préférerais renvoyer à une anecdote qui m’a été racontée par l’intéressé :

À l’époque où Uri Geller officiait, un ami prestidigitateur avait pensé pouvoir le ridiculiser. Lors d’une émission télévisée, en accord avec le présentateur, il s’était fait présenter comme un puissant médium. Il avait alors effectué des torsions de cuillères, utilisant différents tours d’illusionnisme classique. Mais aussitôt le téléphone du studio se mit à sonner. Des auditeurs appelaient affolés : regardant l’émission, ils avaient cherché, comme ils le faisaient avec Uri Geller, à tordre eux-mêmes les cuillères. Celles-ci s’étaient effectivement tordues, mais le phénomène s’était étendu à d’autres objets, et cela devenait catastrophique. Ils appelaient à l’aide.

Comment interpréter cette anecdote ? Dans le paranormal, il n’y a pas d’observateur neutre. Le spectateur participe au phénomène, qu’il le veuille ou non. L’ "acteur " de ce processus semble ici l’auditeur lui-même. Sur les centaines de milliers qu’ils étaient à regarder l’émission, de simples considérations statistiques expliquent la révélation de sujets " doués ". La puissance d’évocation et de conviction du petit écran aurait fait jouer fortement l’activité mentale de ces auditeurs, les orientant dans un sens spécifique. Ces capacités étaient restées ignorées, rien n’étant venu les susciter auparavant. De tels " artefacts " sont redoutables, des personnalités fragiles pouvant sombrer devant des faits dont la réalité est parfois incontestable.

Uri Geller suscitait, lui aussi, de tels phénomènes. On voit qu’il n’était pas nécessaire qu’il ait de réels " pouvoirs ".

Les poltergeists

" Poltergeist ", en allemand, signifie " esprit bruyant ". On réunit sous ce nom un certain nombre de phénomènes, dès lors qu’ils ne sont pas explicables par les moyens habituels : coups frappés, bruits divers, déplacements, apports, disparitions d’objets, etc. Le terme même d’esprit renvoie à l’idée d’une entité indépendante. Mais on parvient souvent à identifier un auteur, ce qui fait rentrer le processus dans la psychokinèse. L’usage prévaut cependant de parler de poltergeist (pour un exemple, ) chaque fois que le processus est mis en oeuvre de manière " sauvage ", spontanée, incontrôlée, et de psychokinèse dans les autres cas.

L’hypothèse d’un poltergeist est fréquemment soulevée, mais rarement vérifiée (le poltergeist d’Arcachon). Généralement, une explication naturelle vient à bout de ces énigmes, mais ce n’est pas toujours le cas.

Le sujet " répand au dehors " son énergie, comme s’il avait cassé un objet. Le conflit intérieur, étant ainsi révélé, se résout comme après une séance d’analyse. Dans le poltergeist, l’émotion, s’exprimant de manière brutale, sauvage, atteint une puissance que n’aurait jamais une psychokinèse ou une simple réalisation de souhait.

Pour aller contre ces manifestations et " guérir d’un poltergeist ", il faut être un "  catalyseur "  de l’émotion du groupe.

La psychokinèse et le poltergeist illustrent l’action directe de la pensée sur les faits. Ces manifestations évoquent des pulsions inconscientes, difficilement contrôlables. Pour chaque individu, elles ont une allure assez spécifique, utilisant préférentiellement des voies déjà ouvertes : l’un fera tomber des pierres ou des clous, l’autre fera fonctionner des appareils électriques d’une manière désordonnée... L’aspect anecdotique de ces manifestations souligne, si besoin était, le désordre intérieur de ces personnes, au moins lors des faits. A l’inverse, on ne notera généralement pas de telles manifestations chez le sage ou le saint, dont l’équilibre inconscient s’illustrera dans des actions sur la matière cohérentes, riches et utiles.

Le poltergeist d’Arcachon

Voici un exemple de poltergeist tout à fait singulier, en ceci que le récit en émane d’un médecin, le Dr Cuénot (Revue métapsychique, juin 1966), propriétaire depuis vingt-trois ans de l’établissement où eurent lieu les faits. De plus, le Pr Robert Tocquet (1974, p. 102 sq.), éminent spécialiste du paranormal, a personnellement enquêté sur ce cas :

De la mi-mai jusqu’au début septembre 1963, la Clinique orthopédique d’Arcachon fut harcelée par la projection de cailloux, de morceaux de moellons et de fragments de briques dont l’origine est demeurée inconnue. [...] Pendant cette période, les malades, la plupart allongés sur des voitures, reçurent approximativement deux à trois cents cailloux de tous calibres. [...] Les trajectoires des pierres, la direction du tir, la vitesse, le nombre et la nature des projections furent très variables. L’horaire fut, lui aussi, très capricieux [...], mais particulièrement à la nuit tombante. Jamais il n’y eut de malades blessés et si deux d’entre eux furent touchés, ils ne le furent que très légèrement. La seule condition, apparemment nécessaire et suffisante, était la présence dans les parages de Jacqueline R., âgée de dix-sept ans, ce qui autorisait tous les soupçons la concernant [comme agent du phénomène]. Mais, malgré l’étroite surveillance de la part des autres malades, jamais rien dans ce sens ne put être mis en évidence. Au contraire [...] elle fut lapidée copieusement. [...] Le Dr Cuénot signale que la chute des pierres commença au moment où le personnel et les malades de la clinique apprirent que celle-ci allait être fermée ou vendue. A cette époque, une malade, Angélina M., était très visée par les cailloux. Ce n’est qu’après le départ d’Angélina (le 7 juillet) que Jacqueline prit en quelque sorte le relais. [...] Les chutes de cailloux devinrent de plus en plus fréquentes avec une prédilection toujours marquée pour l’environnement de Jacqueline... Il lui suffisait de se trouver quelques minutes en un lieu quelconque des terrasses extérieures pour que les cailloux se mettent à tomber autour d’elle. Si elle s’absentait de la clinique, les jets de pierre cessaient. Dès qu’elle réapparaissait, ceux-ci reprenaient après une latence de cinq à dix minutes à chaque fois. En même temps le poids, la force et le nombre des pierres lancées sur les malades augmentèrent rapidement pour devenir inquiétants en juillet et en août : certains jours, il y en eut une trentaine. " 

Robert Tocquet, envoyé sur place pour enquêter, s’installe (en septembre) dans la chambre contiguë à celle de Jacqueline. Il écrit :

"  Au cours de la première nuit que je passai dans cette chambre, à 4 heures du matin exactement, quatre coups, relativement violents, séparés par des intervalles de cinq à six secondes, furent frappés à la porte de ma chambre. Au troisième coup, je me levai et j’ouvris brutalement la porte qui donnait sur un couloir parfaitement éclairé par des lampes électriques. Personne ne s’y trouvait. C’est alors que retentit le quatrième coup comme s’il avait été produit par un poing invisible, cependant que je sentais vibrer la porte que je tenais de la main gauche. " 

Nous disposons ici d’un témoignage de première main, donné par un observateur reconnu. Le cas est particulièrement significatif, car il met en œuvre deux jeunes filles, se succédant l’une l’autre sans intervalle dans le même établissement (et qui plus est dans la même chambre). Or il est statistiquement exclu que le hasard ait ainsi réuni deux sujets présentant tous deux des capacités aussi fortes et aussi rares. Si on élimine l’idée d’un "  esprit " , on est conduit à faire intervenir le personnel de la clinique et les autres patients. Ceux-ci auraient quasiment "  dicté un rôle "  aux deux jeunes filles " .

Il semble que la première malade, Angélina, aurait provoqué une chute de pierre, qui peut même avoir eu une origine normale. En effet, les personnes présentes sont dans une situation psychologique fort instable : l’établissement va fermer, les patients devront donc quitter un lieu où ils se trouvaient bien ; les membres du personnel sont inquiets pour leur emploi. Une rumeur peut s’être diffusée, attribuant un incident possiblement banal à un poltergeist. Certes, le Dr Cuénot remarque, durant son enquête : "  J’ai pu noter cette espèce de refus systématique qui est presque l’inverse d’une suggestion collective : tout le monde se refusant à admettre une explication irrationnelle, puis, devant l’impossibilité d’une interprétation, s’efforçant de ne plus y penser en s’abstenant de tout commentaire. "  (ibid., p. 105). Ceci n’exclut rien, car les psychanalystes savent qu’un refus conscient peut masquer l’inverse, au niveau inconscient.

Jacqueline arrive alors. Dans le climat d’inquiétude, un amalgame a pu s’effectuer entre elle et Angélina, d’autant qu’elles occupent la même chambre et qu’elles sont toutes deux jeunes, assez jolies, un peu intrigantes et instables sur un plan psychologique et affectif. Ce qui a pu produire un "  effet d’attente "  (Rosenthal, 1971).L’émotion du groupe, fixée sur les deux jeunes filles, pourrait constituer le moteur du poltergeist, même si leur responsabilité ne saurait être entièrement exclue. Tocquet écrit en effet (ibid.) :

"  Le premier septembre, le Dr Cuénot, constatant que Jacqueline R. était au centre et l’agent probable de ces manifestations, résolut de lui faire subir un interrogatoire. [...] Or, chose curieuse, après cet interrogatoire qui fut, pour Jacqueline, une sorte de confession et de " décharge psychologique ", les jets de pierres cessèrent.  

La plupart des poltergeists semblent constituer le reflet matériel d’un contenu psychique. Ce contenu prend force d’une mise en résonance des fonctionnements mentaux de plusieurs individus, comme le dit Sylvain Michelet (1994). J’en ai précisé ailleurs le mécanisme (1991, p. 52) : un message de l’ordre de "  je crains les pierres "  aurait pu ainsi circuler dans le groupe, et s’amplifier jusqu’à des degrés extrêmes (la chute des pierres était menaçante mais non dangereuse, pour le personnel et les malades). Si on admet la relation entre la pensée et les faits, une telle hypothèse permettrait de ne plus chercher "  la jeune fille instable "  comme cause du processus. Celle-ci ne ferait que cristalliser une émotion qui la dépasse. Sylvain Michelet traite les poltergeists avec les méthodes de thérapie familiale ! Il remarque que le poltergeist le plus fort survient dans un contexte où aucun mode d’expression n’est possible. Le poltergeist constituerait une sorte de voie de décharge d’un trop-plein d’énergie psychique (suivant la conception "  énergétique "  de Freud).

 

Le poltergeist de Rosenheim

L’exemple le plus célèbre est probablement celui étudié par Hans Bender (professeur à Fribourg, en Allemagne), connu sous le nom du " poltergeist de Rosenheim ". En voici le récit, tiré de Broughton, p. 287.

" Par un matin froid de novembre 1967, la plupart des employés de l’avocat Sigmund Adam se trouvaient déjà au travail dans son étude de la ville bavaroise de Rosenheim. Une des dernières personnes à arriver fut Anne-Marie Schneider, une secrétaire de dix-huit ans récemment embauchée. Elle entra dans le hall et ôta son manteau. Alors qu’elle passait sous une lampe suspendue, celle-ci se mit à se balancer, mais la jeune fille ne remarqua rien du phénomène. Elle se dirigea vers le vestiaire, et le mouvement de la lampe s’amplifia. Soudain l’ampoule du vestiaire se mit elle aussi à se balancer. Un employé qui l’avait surveillée à son entrée lui lança : "  Achtung ! Die Lampe ! "  Anne-Marie se courba et releva son manteau pour se protéger. Un instant plus tard, l’ampoule située dans le hall explosa, projetant une pluie d’éclats de verre dans la direction d’Anne-Marie. Le balancement du fil cessa, et avec quelques mots de remerciements à l’employé qui l’avait mise en garde, Anne-Marie prit un balai pour ramasser le verre. Les autres membres du bureau se replongèrent dans leur travail. Ils étaient habitués maintenant.

Néanmoins l’avocat était à bout de nerfs. Son bureau subissait une autodestruction rapide et ses affaires ralentissaient considérablement. Les tubes fluorescents fixés au plafond tombaient sans cesse en panne. Une fois, il se produisit une forte détonation et tout l’éclairage s’éteignit tout d’un coup. Lorsque l’électricien, grimpé sur son échelle, examina les tubes au néon, il s’aperçut que ceux-ci avaient tourné de 90 degrés dans leur logement, interrompant la connexion électrique. À peine les avait-il tous remis en état de marche qu’un autre bruit violent se fit entendre et que les lumières s’éteignirent toutes à nouveau. Même lorsqu’elles n’étaient pas allumées, les ampoules à incandescence explosaient sans que le filament soit endommagé. Les plombs sautaient sans raison apparente, et parfois s’éjectaient tout seuls de leur logement. Les dysfonctionnements du téléphone étaient particulièrement graves. Les quatre combinés sonnaient en même temps sans qu’il y eût personne à l’autre bout du fil. Les conversations téléphoniques étaient souvent interrompues pendant de courtes périodes, ou coupées carrément. Les factures de téléphone atteignirent des montants aberrants, et nombre de numéros jamais appelés étaient facturés. Le liquide de développement, dans les machines à photocopier, jaillissait fréquemment de son réservoir sans que l’engin fût touché.

Tout d’abord, Adam et ses employés soupçonnèrent une déficience du système électrique. Des ingénieurs de la centrale électrique municipale et du bureau de poste (qui s’occupait du système téléphonique) furent appelés, et un équipement de contrôle installé sur les lignes électriques afin de détecter tout changement d’intensité du débit. Ces appareillages enregistrèrent de très importantes fluctuations du débit, qui coïncidaient souvent avec les phénomènes observés. On déconnecta l’étude de l’alimentation électrique municipale et l’on apporta une batterie de secours devant fournir un courant "  sans perturbation " . Les écarts d’intensité de courant et les phénomènes continuèrent.

Des appareils d’enregistrement furent également branchés sur les téléphones pour garder trace de tout appel émanant des bureaux. Presque dès leur mise en fonction, ils enregistrèrent des appels envoyés des bureaux alors que personne n’utilisait le téléphone. Les enregistrements révélèrent un nombre considérable d’appels à l’horloge parlante (qui en Allemagne n’est pas un service gratuit), souvent six par minute. Le 20 octobre, quarante-six appels à l’horloge parlante en quinze minutes furent enregistrés. [...]

Le professeur Hans Bender de l’université de Fribourg, enquêteur chevronné en matière de poltergeists, arriva en compagnie de quelques collègues le premier décembre. Une semaine plus tard, ils furent rejoints par deux physiciens de l’Institut Max-Planck spécialistes de la physique des plasmas, F. Karger et G. Zicha, qui commencèrent à chercher des anomalies dans l’installation électrique et téléphonique. L’équipe de Bender remarqua rapidement que les phénomènes inexpliqués et les perturbations de puissance ne se produisaient que durant les heures de travail. Il devint également très vite évident que tous ces phénomènes avaient pour centre la personne d’Anne-Marie. Souvent, la première anomalie enregistrée par le matériel de surveillance se produisait au moment où Anne-Marie franchissait le seuil des bureaux le matin. Bender supposa qu’il s’agissait d’un cas de RSPK dont la jeune fille était l’agent.

Dès leur arrivée, Karger et Zicha entreprirent d’examiner les sources d’alimentation. Le 8 décembre, ils adjoignirent des équipements supplémentaires à ceux déjà en place. Entre 16 h 30 et 17 h 48 ce jour-là, l’appareillage enregistra quinze variations brusques du débit à intervalles irréguliers. À peu près au même moment, des craquements très forts se firent entendre, similaires à ceux qu’auraient produits des étincelles géantes, cependant chaque variation électrique ne s’accompagnait pas systématiquement de ces manifestations sonores. Tous les bruits furent enregistrés sur un magnétophone. On ajouta encore des appareils pour mesurer le potentiel électrique et le champ magnétique près des enregistreurs, ainsi que l’amplitude sonore dans les bureaux. Sur la base de leurs recherches, les physiciens jugèrent qu’ils pouvaient éliminer comme causes plausibles les variations dans l’alimentation électrique, les voltages démodulés à haute fréquence, les charges électrostatiques, les champs magnétiques statiques externes, les effets ultrasoniques ou infrasoniques (y compris les vibrations), les branchements défectueux ou des défauts de fonctionnement des appareils enregistreurs et, finalement, une intervention manuelle.

Lorsque Bender eut exposé sa conviction que les perturbations étaient dues à la PK, l’activité de poltergeist s’intensifia. L’équipe de Bender ainsi que les ingénieurs de la compagnie d’électricité et les officiers de police virent des assiettes décoratives sauter des murs et des tableaux se balancer et même tourner autour de leur crochet d’attache. Bender captura sur bande vidéo les lampes qui oscillaient et les bruits de détonation, mais il ne put enregistrer les mouvements des tableaux. Un autre enquêteur, utilisant leur équipement, put enregistrer un tableau effectuant une rotation de 320 degrés sur son axe. L’équipe de Fribourg observa des tiroirs s’ouvrant d’eux-mêmes et des documents qui se déplaçaient seuls. Certains tiroirs s’éjectèrent complètement des meubles. Par deux fois, un classeur de quelque 150 kilos s’écarta du mur d’une trentaine de centimètres. Tandis que se produisaient ces phénomènes, les enquêteurs notèrent qu’Anne-Marie était de plus en plus nerveuse. Finalement elle manifesta des contractions hystériques des bras et des jambes. Lorsqu’elle partit pour prendre une période de repos, les phénomènes cessèrent aussitôt. Peu après elle trouva un emploi ailleurs, et l’avocat ne connut plus aucune difficulté. Dans les bureaux où travaillait désormais Anne-Marie quelques perturbations se produisirent, mais moins spectaculaires et qui cessèrent avec le temps.

[...] Sur plus de trente-cinq cas qu’il avait étudiés, le professeur Bender a toujours affirmé que celui de Rosenheim était le plus impressionnant. "

Guérir d’un poltergeist

Le guérisseur dit à la famille : "  Si vous n’y croyez pas, je ne peux rien faire.

Pour que je puisse l’arrêter, il faut absolument que tout le monde ici y croie. "  (Michelet, id., p. 54). Il a compris, intuitivement, le processus. Adhérer au discours des victimes n’est pas simplement une tactique destinée à rassurer. C’est la condition sine qua non de l’action des guérisseurs. L’observateur fait partie intégrante du processus. S’il s’affole, il encourage le processus. S’il intervient sans crainte, imposant son calme, il l’amenuise et le fait disparaître. Son efficacité tient à son propre vécu, plus qu’à une conviction d’ordre psychologique : il dit souvent posséder un "secret venu des ancêtres". C’est, pour lui une manière d’entrer dans le processus : utilisant les mêmes références que les victimes, il crée alors avec elles une symbiose, moteur fondamental du retour au calme. A contrario, l’observateur scientifique est mal placé : sa nécessaire froideur, glaçant les protagonistes, stoppera le processus avant qu’il arrive, à moins qu’il participe, à son insu, à son entretien. Le religieux doit croire au Diable s’il veut agir, il ne doit pas se parer des plumes du psychanalyste. Trop l’ont oublié.

L’armoire qui craque

Quand on parle de " poltergeist ", de manifestation sauvage de la psychokinèse, on image souvent une jeune fille à l’âge de l’adolescence, au psychisme instable. Il est donc d’autant plus intéressant de présenter un cas qui met en jeu un psychiatre, psychanalyste et, de surcroît, très célèbre. Voici en effet un épisode significatif qui s’est situé dans la vie de Jung. Il date du 25 mars 1909 et prit place dans la maison de Freud. On peut le classer parmi les " poltergeists " :

"  Quelques années s’écoulèrent avant que Freud reconnût le sérieux de la parapsychologie [...]. Tandis que Freud exposait ses arguments, j’éprouvai une étrange sensation : il me sembla que mon diaphragme était en fer et devenait brûlant, comme s’il formait une voûte brûlante. En même temps un craquement retentit dans l’armoire-bibliothèque qui était immédiatement à côté de nous, de telle manière que nous en fûmes tous deux effrayés. Il nous sembla que l’armoire allait s’écrouler sur nous. [...] Je dis à Freud : "  Voilà ce que l’on appelle un phénomène catalytique d’extériorisation. "  - "  Ah ! dit-il, c’est de la pure sottise ! "  - "  Mais non, répliquai-je, vous vous trompez, Monsieur le Professeur. Et pour vous prouver que j’ai raison, je vous dis d’avance que le même craquement va se reproduire. "  Et, de fait, à peine avais-je prononcé ces paroles que le même bruit se fit entendre dans l’armoire. J’ignore encore aujourd’hui d’où me vint cette certitude. Mais je savais parfaitement bien que le craquement se reproduirait. Alors, pour toute réponse, Freud me regarda, sidéré. Je ne sais pas ce qu’il pensait ni ce qu’il voyait. Il est certain que cette aventure éveilla sa méfiance à mon égard ; j’ai le sentiment que je lui avais fait un affront. Nous n’en avons jamais plus parlé ensemble. " 

Autres actions de la pensée sur la matière

L’action de la pensée sur la matière est un sujet très vaste et aux connotations très diverses. A côté de la psychokinèse, que nous venons de voir, il faut parler de la " réalisation de souhaits ". On se borne souvent à la constater avec étonnement, ou avec angoisse quand il s’agit de réalisation de craintes.

Dans le cadre religieux, on situe cette action dans le cadre de la prière, même si cette prière, dite " active " ou " utilitaire " est souvent réprimée par les prêtres comme étant une forme abatardie de la " vraie " prière, la prière d’adoration.

Il faut en dernier lieu traiter de ce qui entre dans le registre de la Magie et de la sorcellerie.

La réalisation des souhaits

La réalisation des souhaits est probablement la faculté la plus banale. En effet, comme le dit Freud, nous façonnons notre environnement avec notre inconscient. Sans que nous nous en rendions compte, ce que nous vivons au fond de nous-même se transmet à l’autre et l’influence, même à son insu (contagion affective). Nos attitudes peu ou pas conscientes font que nous profitons ou laissons passer des " chances " :

Une amie me racontait qu’un jour, alors qu’elle était assez déprimée, elle hésitait à aller à un cocktail mondain auquel elle était invitée. Ne faisant rien de particulier, et n’ayant donc rien à perdre, elle s’y rendit. Là, parmi d’autres rencontres, elle se mit à parler à un homme d’un certain âge. Chemin faisant, elle finit par lui avouer qu’elle avait depuis longtemps un projet qui lui tenait à cœur. L’autre lui demanda des précision et lui dit:

" Madame, je viens de vendre une affaire. J’ai un peu d’argent, je finance votre projet. "

Un homme vient me voir, désespéré. Il était licencié le lendemain et sa femme venait de lui annoncer qu’elle le quittait. Il me demande de l’aide. Je lui propose de faire un " bilan " écrit de sa vie actuelle. La semaine suivante, il revient, hilare. Je m’étonne. Il me raconte qu’il était payé par au Smic. Écrivant son " papier ", il se rappela qu’un ami, producteur agricole, lui avait proposé, longtemps auparavant, de prendre une " carte " pour lui. Il l’appelle aussitôt. Celui-ci confirme sa proposition, ne lui demande aucune exclusivité, ce qui permet à mon patient de s’établir VRP multicarte. Le fixe qu’il lui donnait atteignant presque son salaire antérieur, mon patient dit le lendemain à son employeur : " Ne vous donnez pas la peine de me licencier, je vous donne ma démission ". Là-dessus, sa femme lui rétorque : " Tu es un type bien, je reste avec toi ! "

Nous nous laissons aller parfois au désespoir, oubliant que la chance est là, à deux pas de nous. Un simple bilan permet parfois, j’ai pu le constater, de prendre conscience d’ouvertures " miraculeuses ".

Freud, en bon rationaliste et laïque de principe, traitait la réalisation des souhaits de " pensée magique ". Pour lui, il était impossible d’obtenir une chose rien qu’en le pensant. Effectivement, la " toute-puissance du désir " n’existe pas. Cependant, comme l’explique le modèle du Mental, les désirs qui nous occupent habituellement appartiennent aux couches les plus superficielles de notre pensée. Mais les mystiques, les sages et les saints, montrent bien que l’accès aux couches plus profondes de notre " Mental " permettent des facultés particulières, dites " paranormales ", la réalisation directe des souhaits en particulier.

Des expériences simples permettent de tester cette faculté.

La  " pensée magique"  

On appelle pensée magique : "  l’idée que de penser quelque chose est la même chose que de le faire. Elle est courante dans les rêves, dans certains désordres mentaux, et chez les enfants. "  (Freedman, Kaplan, Sadock, 1976, p. 1313). "  La pensée magique se réfère à la croyance que des pensées spécifiques, la verbalisation, les gestes associés, ou les postures peuvent, d’une façon mystique, conduire à l’accomplissement de certains désirs ou à prévenir certains maux. Les jeunes enfants sont enclins à cette forme de pensée, comme conséquence de leur capacité limitée à comprendre la causalité.. C’est l’aspect le plus remarquable de la pensée obsessive-compulsive. Elle atteint son expression la plus extrême dans la schizophrénie. "  (id. page 385).

Ailleurs, (id. p. 632), les auteurs ajoutent : "  Dans le phénomène de la pensée magique, la régression découvre des modes de pensée précoces plus que des impulsions. L’omnipotence de la pensée est inhérente à la pensée magique. Le patient sent que, simplement en pensant à un événement dans le monde extérieur, il peut faire en sorte que cette événement arrive sans le moyen d’une action matérielle. " 

Pour le médecin, celui qui croit à la réalisation directe de sa pensée est soit immature (proche de l’enfant) soit fou. Le médecin ignore-t-il la prière, et son efficacité ? Il y a des médecins croyant comme d’autres qui ne le sont pas. Mais ils constatent tous que les patients vivent la pensée magique avec une grande angoisse. S’ils les laissent persister dans ce cheminement, cela risque de les entraîner vers un délire grave, dont on ne pourra les sortir que difficilement. La meilleure solution est alors de les éloigner de cette pratique. Foi et réalisation des souhaits

Foi et réalisation des souhaits

La réalisation des souhaits, "foi" dans les ouvrages d’origine nord-américaine, est probablement la forme de paranormal la plus banale et la mieux partagée. Elle apparaît souvent spontanée : nous constatons que nos espérances, ou nos craintes se réalisent sans même que nous l’ayons voulu. De nombreux livres parlent de la force de la foi, de la puissance de l’optimisme, jusqu’à réaliser nos projets les plus "fous" (cf. Robbins). Néanmoins, quand on exploite cette faculté d’une manière systématique, on découvre des dangers contre lesquels notre éducation nous a mal préparé. J’ai longuement abordé cette question dans "Montagne lève-toi". Néanmoins, cette possibilité est évoquée, et avec précision, dans les textes les plus classiques, tels les Évangiles :

"En vérité, je vous le dis, celui qui dirait à cette montagne "Lève-toi et jette-toi dans la mer" et qui n’hésiterait pas dans son coeur mais croirait que ce qu’il dit arrive, cela lui arrivera." (Marc, XI, 23)

En trente mots, cette citation résume à peu près tous les problèmes épistémologiques que pose la réalisation du souhait : la possibilité qu’une pensée occasionne directement, sans intermédiaire, un fait matériel. Même relatant les paroles du Christ, ce texte est plus méthodologique que religieux. Il n’est pas conforme aux dogmes occidentaux, et gêne beaucoup de chrétiens. Le christianisme dit en effet qu’il faut prier Dieu, qui choisit, ou non, d’exaucer le souhait. Ici, rien de tout cela : un sujet vit une expérience sensible, au niveau de son "coeur", des couches profondes de son être, c’est-à-dire l’inconscient ; s’il n’a plus d’hésitations à ce niveau, le fait matériel arrive, obligatoirement. Dieu n’intervient pas !

La possibilité de la concrétisation de la pensée est niée par les sciences, et pourtant elle ne s’oppose en rien à leurs prémisses, car elles ont été définies dans des conditions "neutres". Voici un court exemple pour mieux comprendre cette discussion.

On raconte qu’au Moyen âge un moine voulait bâtir une église en pleine montagne. Il pria, un éboulement de terrain se produisit, et le moine bâtit son église.

Sur le plan des faits, les sciences ne trouvent rien à redire, elle énonce leur caractère profondément naturel. Le moine ne conteste pas cette vision, il n’ignore pas que certaines montagnes sont fragiles, il pose seulement que son souhait a été exaucé, très précisément. Le savant se trouve assez démuni, car il lui aurait été impossible de dire avec précision le jour ou l’heure d’un effondrement, ni même son déroulement exact. Il n’y a donc pas d’antagonisme entre l’explication du savant et celle du croyant. Ce dernier n’attendait pas un fait anormal, mais un événement qui permette son projet. Il en est de même dans le " miracle " : le miraculé ne souhaite pas une guérison anormale, mais simplement la guérison, la sienne.

Lors de sa prière, le croyant n’examine pas les faits extérieurs. Souvent, il se retire à l’écart, dans un lieu fermé, supprimant toute perception du monde. Il se concentre sur son souhait avec intensité, son activité s’inscrit dans les faits, même si apparemment il s’en écarte en s’isolant dans sa cellule. Il fusionne avec le fait, corps et âme. Il " est " le fait, comme l’énoncent les orientaux ou les mystiques. A l’inverse, le savant examine le fait du dehors. Jamais (du moins dans la physique), il ne doit s’impliquer personnellement dans son déroulement. Il reste " objectif " : le fait est un objet qu’il manipule de l’extérieur. Il procède à une analyse du fait, sa division en éléments connus (Descartes). Cette analyse, le croyant n’en a cure, il traite les événements d’une manière globale : il s’intéresse à leur signification dans un cadre spécifique (ici la construction d’une église) et ne se préoccupe pas du reste. Le croyant et le savant opèrent donc d’une manière radicalement différente.

Quand le croyant se réjouit de voir son souhait exaucé, le savant, lui, hausse les épaules : il invoque le hasard, la " coïncidence ", le croisement opportun de deux chaînes causales... Contrairement à l’apparence, cet argument n’en est pas un, car il ne constitue pas l’énoncé d’un savoir.

Comment faire intervenir la pensée dans les chaînes causales de ces événements ? Il faut tout d’abord remarquer que la causalité n’est pas une donnée physique mais un postulat qui comporte deux aspects : ontologique (comme principe) et expérimental, au niveau de l’observation.

Examinons tout d’abord l’aspect "ontologique" : un fait résulte d’un ensemble de causes, dont il constitue l’effet. Le principe de causalité dit que " si les causes sont présentes, l’effet doit nécessairement se réaliser ". Quand nous lâchons un objet pesant et qu’il ne tombe pas, nous invoquons l’existence d’un facteur, que nous devons obligatoirement trouver : un courant d’air suffisamment puissant pour empêcher la chute, une force magnétique repoussant l’objet (pôles de même nature), ou encore un lien invisible auquel serait attaché l’objet. Si nous avons pu éliminer une loi connue, nous sommes tentés de parler de " lévitation ", d’action de la pensée. Sur le plan du principe, on peut dire que les lois physiques constituent, en fin de compte, qu’une mise en forme de notre observation.

Ceci nous fait aborder le second aspect, expérimental, de la causalité. Rhine, le premier, a montré que la pensée pouvait influer les faits, ceux-ci ne suivaient plus alors une répartition " au hasard ". Depuis, de nombreux chercheurs ont mis en évidence l’effet de la pensée, au sein même des conditions expérimentales strictes (cf. Roux).

La prière

Il peut paraître curieux dans un tel site de traiter de la prière. Mais il ne faut pas oublier que la première en date, probablement il y a plus de trois millions d’années, a dû être une imploration des " Forces " (ou du " Divin "). Il s’agit de ce qu’on appelle actuellement la " prière active ".

De nombreux livres parlent de la force de la foi, de la puissance de l’optimisme, jusqu’à réaliser nos projets les plus " fous " (cf. Robbins). Néanmoins, quand on exploite cette faculté d’une manière systématique, on découvre des dangers contre lesquels notre éducation nous a mal préparé. J’ai longuement abordé cette question dans " Montagne lève-toi ". Néanmoins, cette possibilité est évoquée, et avec précision, dans les textes les plus classiques, tels les Évangiles :

" En vérité, je vous le dis, celui qui dirait à cette montagne " Lève-toi et jette-toi dans la mer " et qui n’hésiterait pas dans son coeur mais croirait que ce qu’il dit arrive, cela lui arrivera. " (Marc, XI, 23)

En trente mots, cette citation résume à peu près tous les problèmes épistémologiques que pose la réalisation du souhait : la possibilité qu’une pensée occasionne directement, sans intermédiaire, un fait matériel. Même relatant les paroles du Christ, ce texte est plus méthodologique que religieux. Il n’est pas conforme aux dogmes occidentaux, et gêne beaucoup de chrétiens. Le christianisme dit en effet qu’il faut prier Dieu, qui choisit, ou non, d’exaucer le souhait. Ici, rien de tout cela : un sujet vit une expérience sensible, au niveau de son " coeur ", des couches profondes de son être, c’est-à-dire l’inconscient ; s’il n’a plus d’hésitations à ce niveau, le fait matériel arrive, obligatoirement. Dieu n’intervient pas !

La possibilité de la concrétisation de la pensée est niée par les sciences, et pourtant elle ne s’oppose en rien à leurs prémisses, car elles ont été définies dans des conditions " neutres ". Voici un court exemple pour mieux comprendre cette discussion.

On raconte qu’au Moyen âge un moine voulait bâtir une église en pleine montagne. Il pria, un éboulement de terrain se produisit, et le moine bâtit son église.

Sur le plan des faits, les sciences ne trouvent rien à redire, elle énonce leur caractère profondément naturel. Le moine ne conteste pas cette vision, il n’ignore pas que certaines montagnes sont fragiles, il pose seulement que son souhait a été exaucé, très précisément. Le savant se trouve assez démuni, car il lui aurait été impossible de dire avec précision le jour ou l’heure d’un effondrement, ni même son déroulement exact. Il n’y a donc pas d’antagonisme entre l’explication du savant et celle du croyant. Ce dernier n’attendait pas un fait anormal, mais un événement qui permette son projet. Il en est de même dans le "  miracle "  : le miraculé ne souhaite pas une guérison anormale, mais simplement la guérison, la sienne.

Lors de sa prière, le croyant n’examine pas les faits extérieurs. Souvent, il se retire à l’écart, dans un lieu fermé, supprimant toute perception du monde. Il se concentre sur son souhait avec intensité, son activité s’inscrit dans les faits, même si apparemment il s’en écarte en s’isolant dans sa cellule. Il fusionne avec le fait, corps et âme. Il "  est "  le fait, comme l’énoncent les orientaux ou les mystiques. A l’inverse, le savant examine le fait du dehors. Jamais (du moins dans la physique), il ne doit s’impliquer personnellement dans son déroulement. Il reste "  objectif "  : le fait est un objet qu’il manipule de l’extérieur. Il procède à une analyse du fait, sa division en éléments connus (Descartes). Cette analyse, le croyant n’en a cure, il traite les événements d’une manière globale : il s’intéresse à leur signification dans un cadre spécifique (ici la construction d’une église) et ne se préoccupe pas du reste. Le croyant et le savant opèrent donc d’une manière radicalement différente.

Quand le croyant se réjouit de voir son souhait exaucé, le savant, lui, hausse les épaules : il invoque le hasard, la "  coïncidence " , le croisement opportun de deux chaînes causales... Contrairement à l’apparence, cet argument n’en est pas un, car il ne constitue pas l’énoncé d’un savoir.

Comment faire intervenir la pensée dans les chaînes causales de ces événements ? Il faut tout d’abord remarquer que la causalité n’est pas une donnée physique mais un postulat qui comporte deux aspects : ontologique (comme principe) et expérimental, au niveau de l’observation.

Examinons tout d’abord l’aspect " ontologique " : un fait résulte d’un ensemble de causes, dont il constitue l’effet. Le principe de causalité dit que "  si les causes sont présentes, l’effet doit nécessairement se réaliser " . Quand nous lâchons un objet pesant et qu’il ne tombe pas, nous invoquons l’existence d’un facteur, que nous devons obligatoirement trouver : un courant d’air suffisamment puissant pour empêcher la chute, une force magnétique repoussant l’objet (pôles de même nature), ou encore un lien invisible auquel serait attaché l’objet. Si nous avons pu éliminer une loi connue, nous sommes tentés de parler de "  lévitation " , d’action de la pensée. Sur le plan du principe, on peut dire que les lois physiques constituent, en fin de compte, qu’une mise en forme de notre observation.

Ceci nous fait aborder le second aspect, expérimental, de la causalité. Rhine, le premier, a montré que la pensée pouvait influer les faits, ceux-ci ne suivaient plus alors une répartition "  au hasard " . Depuis, de nombreux chercheurs ont mis en évidence l’effet de la pensée, au sein même des conditions expérimentales strictes (cf. Roux).