"La folie, un bienfait pour l’humanité" de Serge Tribolet (Editions de Santé)
Il existe dans la maladie mentale un " quelque chose " qui doit être reconnu comme l’expression d’une capacité supérieure… Telle est la thèse que défend l’auteur de cette percutante ode à la folie.
Psychiatre au célèbre hôpital de Maison-Blanche, il montre, en s’appuyant sur la métaphysique et la théologie que le délire, loin de renvoyer le fou hors de l’humanité, lui fait parfois toucher ce qu’elle a de plus sublime.
La schizophrénie
C'est une maladie psychiatrique entrant dans le cadre des psychoses. La racine grecque " schizo " veut dire " couper en deux ", cela laisse deviner la gravité du trouble.
La schizophrénie est une maladie mentale associant hallucinations, délire, désorganisation de la pensée et du comportement, évoluant depuis plus de 6 mois et retentissant sur la vie familiale, professionnelle et personnel du malade. Et ce en dehors de toute prise de drogue. Elle débute entre 15 et 30 ans. La maladie peut démarrer soit brutalement (bouffées délirantes) soit s'étaler sur plusieurs mois. La rémission est possible, surtout dans les deux premières années, l'amélioration est fréquente après 40 ans. Plus la maladie est traitée tôt, meilleur semble être le pronostic.
 
Les signes positifs :
Les hallucinations : le malade va interpréter de façon erronée les stimulations de l'extérieur, il va voir des choses ou ressentir des choses sur ou dans son corps qui n'existent pas. Dans les hallucinations auditives, les plus fréquentes, il va entendre une ou des voix venant de l'extérieur ou de lui-même. Ces voix peuvent être normales, agressives (d'où peur du malade) ou autoritaires ; dans ce dernier cas, il peut être poussé à obéir et à commettre des actes répréhensibles, d'autant que les idées délirantes aggravent le problème (par exemple : meurtre d'un grand-parent, réincarnation du diable).
 
Les idées délirantes : ce sont des idées bizarres, inébranlables malgré leur caractère irrationnel. Elles sont souvent à type de persécution : le malade se sent espionné en permanence, ses gestes sont filmés, ses paroles enregistrées ou diffusées à la radio ou à la télé, ou encore, tout visiteur est soupçonné de vouloir le voler ou de lui vouloir du mal, toute parole ou action sera interprétée de façon erronée, etc...
Essayer de raisonner le malade est peine perdue.
 Les troubles de la pensée : ils se traduisent par une difficulté à traiter l'information et à organiser les pensées. Par exemple : arrêt au cours d'une phrase, et poursuite d'une autre idée. Au maximum le discours sera illogique, décousu, inadapté à la situation. De même pour les mimiques et réactions : rire en parlant de mort par exemple.
 L'obscurcissement de la conscience de soi : le malade a du mal à s'identifier, il va passer des heures devant un miroir. Il peut ne pas avoir l'impression d'exister, d'avoir un corps dissocié de sa personne. Il y a une dislocation de la conscience de soi.
Les signes négatifs :
 L'apathie : rien ne motive le malade, il se sent inutile et rien n'a d'intérêt. Difficile parfois à différencier de la paresse
 
La diminution de l'affectivité apparente : c'est un comportement autistique. Le visage est figé. Le malade indifférent. L'entourage a l'impression que le malade ne ressent plus aucune émotion. C'est en fait complètement faux, si les mimiques ont disparu, à l'intérieur de lui-même il peut être hypersensible.
La dépression : fait-elle partie de la maladie ou en est-elle la conséquence ?? Elle peut aller jusqu'au suicide.
Le retrait social : peut être le résultat de différents facteurs : la dépression, la peur du monde extérieur, l'envahissement des pensées par le délire et les hallucinations.
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La folie porte en elle un savoir sur l'humanité. Ce livre s'adresse à tous ceux qui cherchent un autre discours sur la folie. Il se situe résolument hors des consensus et des certitudes du savoir médical et montre qu'il existe au cœur de la maladie mentale un lieu qui échappe à la logique psychiatrique. Les concepts pour penser la folie sont à chercher dans les domaines de la métaphysique et de la théologie. Ainsi par exemple la question de l'hallucination est-elle envisagée au regard de trois systèmes philosophiques, ceux d'Epicure, Leibniz et Kant... ou quand la philosophie vole au secours de la psychiatrie !
Serge Tribolet dénonce la surdité contemporaine de la société, des responsables politiques et, pire encore, de la psychiatrie elle-même à l'égard de la folie. Un texte fort, incisif et argumenté.