Jean-Marc Lévy-Leblond et la physique théorique

Dans ma Réponse à Sylvain Poirier, j’écrivais " À aucun moment au cours de son cursus Poirier n’a eu la possibilité de penser que la physique qu’on lui enseignait n’était pas LA physique mais seulement UNE physique ". Avec raison, un de mes correspondant m’interpella. Pour lui, il ne pouvait y avoir qu’UNE physique. Effectivement, mais ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il y a plusieurs façons de l’enseigner. Et ce ne sont pas les élèves de Jean-Marc Lévy-Leblond de l’Université de Nice, qui me contrediront.

Ses élèves ont certainement appris et en ont fait l’expérience au laboratoire du lycée, que l’on pouvait faire l’analyse de l’eau avec du courant électrique. Deux électrodes plongées dans une solution acidulée permettaient de dissocier l’eau en ses composants, l’hydrogène et l’oxygène. Cette opération consommait de l’énergie électrique dans une proportion bien déterminée et en faisant l’opération inverse, la synthèse, en mélangeant de l’oxygène et de l’hydrogène, on obtenait de l’eau et récupérait le courant électrique dépensé lors de l’analyse. Bien sûr, cette opération est beaucoup plus difficile à réaliser, d’où les difficultés rencontrées actuellement dans l’industrie automobile pour doter nos véhicules de moteurs électriques alimentés par des piles à combustibles. Il n’empêche que dans le bilan de l’analyse ou de la synthèse de la molécule d’eau il y a toujours absorption ou libération de 4 électrons. Mais ce n’est certainement pas cette physique (si toutefois elle était au programme universitaire) que JMLL pourrait enseigner à ses étudiants car il ne semble pas la connaître.

Je publie ci-dessous la photocopie de la lettre où JMLL s’étonne : " d’où tirez-vous l’idée que des charges électriques sont recueillies lors de la synthèse d’une molécule d’eau (électriquement neutre) à partir d’atomes (neutres aussi) d’oxygène et d’hydrogène ? Que voulez-vous dire ? "

Il faut se rappeler que le principe de la pile à combustible a été découvert par Grove en 1839 et qu’en 1986 (date de la lettre de JMLL), ce n’était plus un secret pour personne et l’on doit non seulement s’étonner mais surtout s’indigner de constater qu’un professeur de physique théorique d’Université puisse l’ignorer.

Mais ce n’est pas tout. Jean-Marc Lévy-Leblond se veut d’être un spécialiste de la théorie de la relativité. C’est à lui que font généralement appel les chaînes de télévision lorsqu’il s’agit d’en vulgariser les principes. Ses ouvrages en la matière se réclament d’être pratiquement les seuls disponibles en langue française. Il ne semble donc pas étonnant que cette théorie reste si mal comprise du public et même parfois des enseignants ou des scientifiques. On peut même se demander ce que JMLL en a compris. Qu’on en juge : " Contrairement à ce que vous semblez croire, la physique moderne n’affirme pas que la Terre tourne autour du Soleil plutôt que l’inverse. Ce qu’elle dit est a) qu’un même mouvement reçoit des description différentes et toutes valables suivant le référentiel (le point de vue adopté) ; il est hors de doute que, pour nous Terrions,[sic] c’est bien le Soleil qui tourne autour de la Terre, b) que certains référentiels, dits " inertiels ", permettent une analyse plus simple et plus naturelle de la dynamique ; c’est sous cet angle qu’est privilégié le référentiel du Soleil, plus approximativement inertiel que celui de la Terre. ". JMLL confond la théorie de la relativité avec une quelconque théorie du mouvement relatif, ce qui pourrait être admissible de la part d’un simple individu mais fait dresser les cheveux sur la tête lorsqu’on pense que de tels propos émanent d’un professeur d’Université qui de plus se réclame d’être le spécialiste en ce domaine.

Dans cette même lettre JMLL répond à d’autres questions que je lui avais posées. Ses réponses apparaissent sur les photocopies jointes. Je ne les commente pas ici mais un spécialiste de la Mécanique quantique pourra peut-être s’étonner d’apprendre qu’en 1986 " les forces coulombiennes expliquent parfaitement la cohésion des atomes et des molécules aussi bien qu’en solides macroscopiques " alors que la MQ ne dispose toujours pas, actuellement, de moyens de calculs et de compréhension pour les interactions entre particules lorsque celles-ci sont en nombre supérieur à 3.

Par ailleurs, le lecteur pourra remarquer que le manuscrit que je proposais à la collection " Sciences " des Editions du Seuil, dirigée par JMLL a été refusé par celui-ci alors qu’il avoue, quelques lignes plus bas : " N’ayant pas eu communication de votre manuscrit… "

Au delà de vouloir porter atteinte à la notoriété personnelle et à l’intégrité de Jean-Marc Lévy-Leblond, je veux, par ces quelques exemples, preuves à l’appui, montrer comment fonctionne la caste scientifique toute entière. On se soucie très peu de faire avancer les connaissances. Les manuscrits sont retournés à leurs auteurs sans même être lus dès lors qu’ils ne sont pas signés d’un membre de cette caste. Leurs contenus est sans importance, ce qui importe c’est le nom de l’auteur. Peu importe aussi que des dizaines d’ouvrages aient le même contenu et qu’il suffit d’en lire un pour les avoir tous lus, on publie puisque le signataire est un membre reconnu et accepté de la communauté scientifique. Peu importe aussi ce qu’ils contiennent pourvu qu’ils débitent les mêmes antiennes conformes aux canons orthodoxes. Les textes originaux émanant d’auteurs inconnus sont systématiquement refusés surtout s’ils risquent d’ébranler cette majestueuse institution qu’est la Communauté scientifique et de mettre en cause l’enseignement qu’elle prodigue.

Ainsi, les scientifiques, drapés de l’aura du Savoir, peuvent dire et écrire n’importe quoi comme le montre la lettre de JMLL. Ils ne craignent jamais d’être démentis ou rappelés à l’ordre. Il y a toujours, dans la communauté scientifique, consensus pour accepter les interprétations et les explications d’un de ses membres. Par ailleurs le profane n’est pas censé être à même de discuter ou de contester l’enseignement qui lui est doctement distillé.

Tout le système est finalement perverti car les diplômes décernés ne font que constater que le récipiendaire a bien assimilé l’enseignement qui lui a été prodigué, quel que soit cet enseignement. Il importe peu que les connaissances accumulées soit justes ou fausses, désuètes ou toujours d’actualité, utiles ou superflues, celles qui méritent le diplôme, sont celles qui sont conformes à ce qui a été professé, qu’elles aient été comprises ou seulement apprises.

Ainsi, des professeurs comme JMLL sont finalement malfaisants. D’une part, ils ne comprennent même pas ce qu’ils sont censés enseigner, ce qui n’est pas très grave lorsqu’il s’agit de la relativité, car cette théorie ne sert à rien, ni dans la vie pratique ni dans l’industrie de pointe ni même dans la conquête de l’espace où les effets relativistes sont encore trop faibles pour qu’il soit nécessaire d’en tenir compte ; d’autre part et là, c’est plus grave, ils freinent le développement des connaissances en écartant tout ce qui n’est pas conforme à l’enseignement orthodoxe.

Et, ce qui est plus grave encore, c’est qu’aucune sanction n’est possible à leur égard. Les responsables universitaires et même les politiques sont plus des administratifs que des scientifiques. Ils ne peuvent que s’en remettre à eux pour décider de ce qui doit être enseigné ou non. Ils sont de plus toujours incapables de discuter de la pertinence d’une proposition scientifique, ou du bien fondé de l’utilisation des fonds publics que les scientifiques réclament pour le financement de leurs programmes.

Vous pouvez m’écrire : ebraw@wanadoo.fr

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