----- Original Message ----- From: KAT To: Francis Gatti Sent: Monday, September 29, 2003 9:45 PM Subject: parapsy et psy
Lorsque je rencontrai Marcotte et ses groupes dits "d’entraînement à la télépathie" (en fait d’entraînement à la télépathie, voyance, prémonition, rétrocognition), je remarquais d’emblée combien la dynamique inconsciente des sujets pouvaient modifier et régir, tant chez l’agent (celui qui envoie) que chez le percipient (celui qui reçoit), le contenu des messages verbalisés. Cet aspect, jamais pris en compte par Marcotte devint la centre de ma recherche. En effet, la dynamique Inconsciente, la problématique du sujet, tout comme son histoire, me sont apparues comme capitales pour la compréhension des phénomènes paranormaux. Un point a particulièrement attiré mon attention : prémonition ou télépathie, "la réception" par le sujet se fait toujours et d’abord au niveau du corps. Tout se passe en effet comme si le corps jouait à l’égard de la transmission / réception télépathico-prémonitoire, le rôle d’une antenne. Mais quand je parle de corps, il s’agit en fait d’un niveau de perception corporelle très archaïque, celui du bébé ou même du foetus. Cette faculté de perception habituellement masquée ou inhibée dans la vie adulte, reste cependant toujours présente et agissante en nous. Elle peut, grâce à un entraînement adéquat, retrouver une prégnance et une efficience réelles.
Ce niveau de perception corporelle archaïque a ceci de particulier qu’il ne fait pas de différence entre sentiment, affect, sensation ; pas de différence non plus entre dedans et dehors, entre avant et après. Tout ce qui peut se passer à ce stade est à l’origine d’une représentation psychique primordiale indifférenciée appelée pictogramme. Pictogramme d’auto-engendrement ou d’auto-destruction, constitutifs de l’activité mentale de représentation, activité régie par le processus originaire tel que conceptualisé par Piéra Aulagnier. Représentation archaïque du corps, de ses éprouvés, au sein de laquelle les cinq sens ne sont pas encore nettement discriminés et spécifiés dans leurs fonctions respectives.
C’est bien parce qu’il n’existe pas, à ce stade très primitif du fonctionnement mental, de différenciation entre dedans et dehors, entre le moi du sujet et celui des autres, que du matériel psychique (pensées, fantasmes, sentiments, scénarios) peut transiter d’une psyché à l’autre. Ce sont les niveaux supérieurs de l’activité mentale de représentation qui en reprenant à leur compte cette perception, la redéploieront plus ou moins bien, en un message.
Voyance, télépathie, prémonition, ou psychokinèse, sont des phénomènes apparemment différents, mais qui se rejoignent tous quant à leur signification et à leur origine, liés qu’ils sont au niveau le plus archaïque et donc le plus inconscient de notre psyché. Ainsi se justifie l’appellation globale "d’effet Psi" pour dénommer l’ensemble de ces phénomènes.
Les messages paranormalement perçus subissent de ce fait toutes sortes de déformations, déformations en tout point semblables à celles qu’accomplit le travail psychique du rêve : déplacement, condensation, inversion en son contraire, métaphorisation, etc.
Une extrême complexité se tisse entre la réception d’un message télépathique et sa verbalisation. Lente remontée des profondeurs de l’inconscient, durant laquelle le message se déguise et se travestit presque complètement... tout comme dans un rêve... conservant cependant la trame du récit dans un "signifiant-carrefour".
La réintégration du paranormal clans le champ de l’analyse pose de multiples problèmes, car cela soulève la question d’une psyché qui n’a pas de limites, d’un sujet dont les barrières psychiques sont inexistantes ou inefficientes, et qui donc renvoie à la psychose, à l’indifférenciation des espaces psychiques et au fonctionnement archaïque de la psyché...
Et pourtant, il découle de mes travaux et observations cliniques que la prise en compte de cet aspect du fonctionnement mental à l’origine de phénomènes télépathiques, peut entraîner des effets thérapeutiques majeurs : en authentifiant (quand cela est nécessaire) des perceptions paranormales chez l’enfant ou l’adulte, on authentifie et reconnaît du même coup des perceptions dont le sens est à découvrir, au même titre que n’importe quelle autre matériel psychique.
La théorisation de l’archaïque constitue à la fois une des limites de la psychanalyse contemporaine, mais aussi une des ouvertures les plus fécondes quant à la compréhension des phénomènes paranormaux. Les psychanalystes peu enclins à se pencher sur la paranormal se privent dramatiquement de l’appréhension de cet aspect fondamental du fonctionnement mental.
À l’inverse, les parapsychologues, soucieux d’objectivation, de quantification des ces phénomènes les ont quasiment dé-psychologisés et stérilisés, oubliant qu’ils doivent s’intégrer, au même titre que le rêve ou la pensée, à l’ensemble de la vie psychique.
Djohar SI AHMED. Docteur en psychologie, psychanalyste, hypnothérapeute éricksonienne, fondatrice de "L’Institut des Champs Limites de la Psyché" (ICLP) au sein duquel elle mène une triple activité d'enseignante, de chercheur et de thérapeute.
Extrait de PARAPSYCHOLOGIE ET PSYCHANALYSE sur http://www.maudkristen.com/Prog.htm