BERLIN (AFP), le 17-01-2005


A l'occasion du 100e anniversaire de ses théories qui révolutionnèrent la science, le génie Albert Einstein est à l'honneur en 2005 en Allemagne, le pays natal qu'il quitta à l'arrivée du nazisme en 1933 pour ne plus jamais y remettre les pieds.

Le chancelier Gerhard Schroeder donne mercredi à Berlin le coup d'envoi de "l'année Einstein ", une série de congrès, expositions et manifestations originales qui tenteront de mieux approcher l'oeuvre capitale et la personnalité contradictoire d'un Prix Nobel qui, selon la légende, ne portait pas de chaussettes.

L'Allemagne, dont Albert Einstein (1879-1955) abandonna la nationalité pour devenir -- après avoir été un temps apatride -- citoyen suisse puis américain, veut ainsi rendre hommage à "l'esprit libre, au pacifiste, au citoyen du monde et au visionnaire" qui, à 26 ans, bouleversa la physique.

En 1905, celui qui n'était pas encore professeur publie en effet plusieurs essais fondamentaux dont les applications allaient marquer le siècle.

Il énonce tout d'abord que
la lumière se comporte à la fois comme une onde et un flux de particules, ce qui lui vaut le Prix Nobel en 1921 et ouvre la voie à la recherche sur les radars notamment. Il prouve ensuite théoriquement l'existence des atomes et molécules, puis montre que les caractéristiques du temps et de l'espace ne sont pas absolues mais dépendent de l'observateur, selon le principe de relativité. Enfin il établit la relation entre masse et énergie par la célèbre formule E=mc2, qui allait être déterminante pour la production d'énergie nucléaire et la fabrication de la bombe atomique, à laquelle toutefois il ne participa pas.

Einstein, qui n'appréciait guère le culte de sa personnalité, ne connaît la gloire qu'à partir de 1919, date où sa
théorie sur la lumière se voit confirmée lors d'une éclipse du soleil. La Première Guerre mondiale vient de s'achever et le physicien ne cessera dès lors de s'engager pour le pacifisme, présidant un temps la Ligue des droits de l'Homme.

Pour ces raisons et à cause de ses origines juives,
il est traîné dans la boue par les nazis qui pillent sa maison à Berlin. Il se réfugie à Princeton, aux Etats-Unis, pour y enseigner.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il avertit dans une lettre le président américain Franklin Roosevelt que les nazis pourraient se doter prochainement de la bombe atomique.
Roosevelt y répondra en lançant le "Projet Manhattan", qui aboutira à l'utilisation de bombes atomiques à Hiroshima puis Nagasaki pour contraindre le Japon à la capitulation.

Effrayé par les applications de ses recherches, le physicien à la chevelure hirsute allait plaider sans relâche pour la démilitarisation et pour la constitution d'un gouvernement mondial. Il s'occupe aussi de la question de l'Etat d'Israël, dont il fut même pressenti pour devenir président.

Marié à deux reprises, Einstein eut des enfants légitimes, adoptifs, une fille naturelle qu'il abandonna, et de nombreuses relations extra-conjugales. Brillant violoniste, il meurt à 76 ans d'une rupture d'anévrisme. On éparpilla ses cendres dans un lieu tenu secret mais son cerveau est toujours conservé aux Etats-Unis, pour la science.

"Peu de personnalités reflètent aussi bien qu'Einstein les faits marquants du 20e siècle: le renouveau de la science et la peur de l'atome, la folie nazie et la diaspora juive, la défaillance et la responsabilité de la science", note l'hebdomadaire Die Zeit.

Mais le journal relève aussi que l'homme était plein de contradictions: "
Celui qui a rénové la physique a par la suite obstinément mis un frein au développement de la théorie des quanta. Le pacifiste convaincu a plaidé pour la construction de la bombe atomique.

Et cette bonne nature possédait un talent rare à blesser profondément ses proches et amis".

Le président de la Société allemande de physique, Knut Urban, voit pour sa part dans cet homme plein d'humour, immortalisé sur une photo en train de tirer la langue, la figure d'un "idéaliste très profondément humain" en qui "presque chacun peut s'identifier".