Extrait de "Lorsque la maison crie" de Sylvain Michelet (Robert Laffont 1994)


 

Document original communiqué par Laurent CORBIN fondateur du CRPN

 

Personnes en cause: DUCHEMIN Daniel (16 ans)-HUBERT Jacques (37 ans)-TIEULENT Georges (43 ans)-THOMAS Michel (23 ans) - LEBRETON Maurice (43ans )-JEANNE Christian (14 ans) -GUY René (45 ans) - DUPONT Léon (39 ans) -

Personne ayant hébergé Daniel DUCHEMIN: DUPIN (47 ans) 18, rue de Jersey à CAEN

**************

Témoignage de Monsieur Jacques HUBERT

A vous qui m'écoutez alors que je suis peut être déjà dans l'autre monde ainsi que la dizaine de témoins dont je ferait mention.

Je vous indique d'abord la nature des lieux où nous avons vécus les événements extraordinaire dont je vais vous donner un aperçu et je vous adjure de le croire et d'y réfléchir profondément car ils vous sont communiqués par quelqu'un sain de corps et d'esprit et aussi incroyable que cela puisse paraître, ce que nous avons vécu ,je puis vous le jurer sur la foi du serment.

Donc, en 1956-1957 j'étais en association avec Georges TIEULENT propriétaire et directeur d'un garage automobile :

GARAGE TERMINUS 91, Avenue du Général Moulin à Caen.

A l'époque, l'établissement se composait d'un immeuble genre ancien Hôtel assez important dans la rue du Général Moulin. Les véhicules rentraient donc dans le porche et aboutissaient dans une cour qui autrefois servait de garage pour les carrioles. De l'autre coté de cette cour, un autre grand immeuble genre ancien garage avec un faux grenier, puis de l'autre coté cette grange servant d'atelier mécanique aboutissait sur un jardin d'environ 1700 m² qui lui même se trouvait en bordure de la rue Maréchal Gallieni (au 176).

Or lundi dans la matinée alors que Michel T…. était en train de préparer une camionnette Citroën que je devais s ensuite aller livrer Rue St Martin à Caen, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit le verre du phare gauche du dit véhicule tomber en morceaux.

En effet un caillou genre chaussin de la région ,grand comme la moitié de la main venait d'être projeté sur le dit verre.

Aussitôt, moi qui était au bureau ,ayant entendu les protestations de Michel, j'allais pour rétablir l'ordre. Or les ouvriers présents témoignaient tous de bonne foi. C'est alors qu'il atterri peut être encore une bonne dizaine de pierres du même genre dans des endroits différents et moi je partis livrer mon véhicule.

En revenant à midi alors que le personnel était parti et qu'il ne restait que René GUY;(lequel habitait au premier étage de l'immeuble) , nous primes la décision d'aller déloger l'intrus qui nous jetais des pierres et ne pouvait se trouver que dans le faux grenier .

René ,s'étant armé de son fusil m'accompagna. Je montais a l'échelle après avoir fait des sommations. Il fallu se rendre a l'évidence: il n'y avait personne. Nous restâmes donc tous les deux de faction un certain temps mais il ne se produisit plus absolument rien.

L' après-midi , alors que le personnel était au complet, les mêmes événements se produisirent. Je dois dire que les pierres ne tombaient pas a la verticale mais arrivaient a l'horizontale ;que nous les voyons à environ 1,50m de leur point d'atterrissage et qu'elles étaient tièdes. Petit à petit ,ces pierres devinrent plus agressives :il y eut plusieurs carreaux de cassés dans ce qui avait été une buanderie.

Une autre fois Daniel DUCHEMIN plongeait une chambre à air dans un bac d'eau pour voir d'où elle fuyait, les pierres arrivèrent dans le bac, éclaboussant tout.Le jeune Christian J….. en reçu une sans dommage? toutefois sur la tempe.

Une autre fois, alors que Michel T…. travaillait sur une Matford; il en arriva une sur le capot de la voiture faisant une bosse. Une autre fois, alors qu'il en arrivaient pas mal,je vis Georges T….traverser la cour et venir vers l'atelier: Je lui dit que cela commençait a devenir gênant; mais il hocha la tète car il paraissait encore sceptique.C'est alors qu'une pierre se dirigea vers lui et lui frôla l'oreille droite. Cette fois il fut convaincu.

Je dois dire qu'au bout de quelques jours; nous nous rendîmes compte que ces phénomènes se produisaient uniquement dans les heures de présence du personnel; et principalement de celle de Daniel DUCHEMIN ,alors en apprentissage sous contrat.

Aussi ,nous primes la décision de le renvoyer quelques jours chez ses parents. Alors il ne se produisait plus rien. Toutefois, les parents ne l'entendaient pas de cette oreille et tenaient a ce que nous respections le contrat d'apprentissage.

Je dois dire que Daniel D…. était un garçon charmant et hors de tout soupçon. Mais sa présence nous posait quand même bien des problèmes ainsi que vous allez l'entendre car non seulement il nous arrivait des pierres, mais ensuite ,ce fut certains objets et outillages qui disparaissaient pour réapparaître 8 jours ou 3 semaines après leur disparition.

Donc un lundi, alors que Daniel D…. avait repris le travail et que les pierres suivaient leur petit train train; nous eûmes la surprise de recevoir des pièces de monnaie courantes à l'époque. Pas une fortune mais un tout petit pécule dont nous n'avions jamais su d'où elles venaient. D'autre part quand nous vînmes pour fermer l'établissement, nous ne trouvâmes plus un trousseau de clef alors que nous en avions trois. Le mien, je le mettait en arrivant dans une case du mur sous le porche et naturellement Georges me dit que par négligence on me l'avait volé et que dorénavant tout le monde pouvait rentrer dans l'établissement. Mais le sien qui était dans un tiroir, de son bureau métallique avait disparu. Celui de Michel qui était dans sa poche de pantalon avait suivi le même chemin. Georges voulait alors changer toutes les serrures mais je lui dit alors que cela devait faire partie des phénomènes que nous subissions et que les clefs reviendraient. C'est bien un jour ce qui se produisit. Effectivement, environ trois semaines après comme vous le verrez.

Je dois dire aussi que avait dans un tiroir de son bureau métallique une petite clef a molette chromée d'environ 0,15 m. Or cette petite clef eu la particularité de quitter son tiroir fermé, de traverser les murs ou les vitres et d'atterrir dans l'atelier, ce qui représentait quand même 60 mètres. Tout ceci :pierres qui apparaissent, outils qui disparaissent, occasionnant de sérieux troubles dans l'établissement.

Un après midi, alors que Léon D….. venait poser une barrière en bordure de la rue Gallieni, je lui déléguais Daniel DUCHEMIN pour l'aider et aussi pour m'en débarrasser. Or quelques minutes après, Léon arrivait tout tremblant et a juré en disant qu'il ne voulait pas rester là-bas parce qu'il tombait des pierres de partout. Donc une fois de plus je renvoyais Daniel dans ses foyers.(il est bon de situer ici l'anecdote de la clef a griffes).Puis un lundi vers 13h 30 alors qu'il venait de reprendre son travail et que nous étions tous les deux en train de préparer au poste de lavage une Peugeot 202 camionette dont les portes étaient ouvertes ;il atterrit dans la cabine coté passager un énorme pavé de la rue. Aussi comme nous n'étions que tous les deux, il n'y avait pas de doute possible. Je dis à Daniel de courir au fond de l'atelier environ trente mètres et les pierres arrivaient là-bas ;je lui dis de revenir ici au poste de lavage et les pierres arrivaient ici. Il n'y avait plus aucun doute ,c'était bien lui qui était en cause.

Je pense qu'il faut situer l'anecdote suivante a cet endroit:

Un matin alors que les outils des ouvriers disparaissaient comme par enchantement, e pris le coup de sang ,attrapai la clef à griffes, (environ 0,50 m) et la serrais dans l'étau en disant "Celle-ci au moins ,elle ne va pas disparaître" C'est alors qu'en une fraction de seconde elle avait disparu et chose extraordinaire, l'étau était mâchoire contre mâchoire. Quant à la clef a griffes nous avons du la retrouver 15 jours après à sept mètres de l'endroit où elle avait disparu.

Apres l'intermède ,Daniel DUCHEMIN revint un lundi matin; c'est alors que n'ayant toujours pas récupéré nos trousseaux de clefs, j'étais face a lui et je lui dit :" Daniel , fais revenir les clefs!…". Il me regardait avec un petit air candide, d'un air de dire :je n'y peux rien. Et pourtant un premier trousseau atterrit à nos pieds. Je lui demandais encore pour le deuxième ,et celui-ci nous arriva aux pieds comme le précèdent ainsi que le troisième. Comme pour tous les phénomènes, elles apparaissaient à l'horizontale à environ 1,50 m et étaient tièdes. Pour deux trousseaux, ils apparaissaient à 60 mètres du lieu de disparition et pour le troisième environ 3 mètres.

 

Extrait de l'ouvrage "Lorsque la maison crie" de Sylvain MICHELET

édition j'ai lû Robert Laffont 1994

Les identités des personnes ont été modifiées pat Sylvain MICHELET)

Page 64

 

POLTERGEIST ET GRIILLE DE LECTURE

 

Chaque matin à 7 heures, M. Jean fait l’ouverture de sa station-service, isolée à la sortie d’un gros bourg du Cotentin. Il déverrouille l’immense rideau de fer, le relève, branche les pompes à essence, attache et nourrit l’énorme chien qui passe ses nuits seul dans l’atelier pour décourager d’éventuels voleurs.

Dans tous les poltergeist, les premières manifestations sont bénignes. Ce matin-là, M. Jean remarque que les phares d’un tracteur entré la veille ,sont brisés. Sur le sol, au milieu des éclats de verre, gît une clé à molette, qui devrait avoir été rangée la veille au soir par Michel , le nouvel apprenti. Quelques instants plus tard, celui-ci fait connaissance avec la sévérité de son patron, qui ne le croit pas lorsqu’il affirme avoir suivi les consignes, le réprimande vertement, le menace de retirer le prix des réparations sur sa paie, et coupe d’un autoritaire  Ça suffit maintenant, au travail !  les bredouillements par lesquels le garçon tente d’expliquer que, même s’il avait oublié de ranger l’outil, cela n’implique pas qu’il ait lui-même cassé les phares du tracteur. Cette algarade et l’étonnement des ouvriers à leur arrivée au travail confèrent à la journée une atmosphère morose et inquiète.

Le lendemain matin, c’est une berline de luxe presque neuve, que M. Jean découvre bien plus gravement endommagée. Vitres, phares et pare-brise ont volé en éclats et la clé à molette malfaisante trône, comme un diable ricaneur, au centre du capot moteur défoncé.

M. Jean est un homme coléreux. La gravité des dégâts et la perspective de devoir les réparer à ses frais le rendent fou de rage.

Maudite sorcière ! hurle-t-il en ramassant l’objet sacrilège, je vais t’empêcher de faire encore des siennes!

.

I1 l’enferme à clé dans le tiroir de son bureau passe sa journée à vérifier la bonne fermeture des fenêtres haut perchées éclairant l’atelier, monte sur le toit contrôler la tenue des tôles.

Même sans compter le molosse de garde qu’il aurait fallu maîtriser, rien ne permet de penser qu’un mauvais plaisant ait pu s’introduire dans le garage.

Pour plus de sécurité, M. Jean y monte la garde toute la nuit suivante. Rien ne se passe. Mais au matin, il constate que la clé à molette a disparu du tiroir où il l’avait enfermée ! .

Elle réapparaît trois jours plus tard, au milieu d’un véritable désastre. Cette fois-ci, toutes les voitures ou presque ont été touchées, vitres et pare-brise en miettes, capots enfoncés, carrosseries constellées d’impacts, tableaux de bord massacrés.

Avant les gendarmes, qui ne pourront que constater les dommages et l’absence de signe d’une quelconque infraction, c’est le curé du bourg que M. Jean appelle au secours, affolé par les événements et inquiet pour l’avenir de son entreprise. Le prêtre le rejoint aussitôt, écoute le récit des événements, entend en confession les deux mécaniciens et le jeune apprenti, qu’il innocente catégoriquement

après avoir rendu visite aux parents du garçon et vérifié son emploi du temps. Cependant, devant l’atmosphère de suspicion, de tension et d’angoisse qui règne dans l’équipe, il conseille au garagiste de se séparer de son apprenti, pour lequel il promet de trouver un emploi chez un fermier voisin

Il revient en fin d’après-midi, asperge d’eau bénite les recoins de l’atelier, psalmodie quelques phrases d’un rituel connu de lui seul, puis entraîne Michel chez son nouveau patron.

Et tout revient immédiatement à la normale. Les dommages une fois réparés ou remboursés, le garage retrouve son calme et sa prospérité, aucune trace ne demeure du désastre

Sauf la clé à molette, que M. Jean conserve soigneusement chez lui pendant trente ans, avant de la remettre au CRPN aux fins d’expertise

Une clé à molette de taille moyenne, apparemment normale, avec ses mâchoires légèrement rongées par des centaines d’écrous récalcitrants, sa poignée marquée par le tube qui sert de rallonge lorsqu’un boulon grippé résiste, son métal terni au fil des années par la sueur de mains toujours graisseuses.

Certains, au CRPN, bondissent de joie devant cet objet à l’histoire insolite. Toujours rigoureux, les chercheurs parviennent à retrouver des témoins. Bien que l’affaire soit ancienne, le souvenir en reste vif dans leur esprit. Tous sont unanimes: La clé à molette est coupable, même si sans qu’ils sachent comment, c est l'apprenti le responsable.

Membre du CRPN, Jacques Tavière est ingénieur chimiste, spécialiste des microcristaux. Il s’est donc naturellement intéressé aux objets en cause dans les poltergeist, et à leur structure plus qu’à leurs mouvements. Clair et concis, il parle avec simplicité le langage sans détour ni fioritures des hommes habitués à manipuler la matière.

Au point où j’en suis après toutes ces années , dit-il sans paraître le regretter, je ne sais toujours pas comment ces phénomènes se produisent.

D’abord parce que les enquêtes débouchent rarement sur du tangible. Ensuite parce que dans ce domaine plus on cherche, moins on trouve. Plus on poursuit une expérience dont les débuts semblent prometteurs, plus elle vous échappe.