Extrait de l'ouvrage de Jean-Claude PANTEL " Les visiteurs de l'espace temps" ED. Ramuel 1997

 

PAGES 190 et 191

Cette tournure prise par les événements (il a été deman-

dé au parrain de Lucette de pourvoir à notre départ, avis d'ex-

pulsion à l'appui) va nous dissocier de certains, pour nous rap-

procher d'autres qui ne vont pas ménager leur peine pour nous

aider.

Ainsi, s'il est quelqu'un que l'on ne puisse taxer de

pusillanimité, c'est bien Jimmy Guieu qui va remuer ciel et

terre dans le but de nous constituer un environnement propice à

assumer ce genre de phénomènes. Alors que les baies vitrées du

Méditerranée, sous l'impact de billes d'acier de divers calibres,

offrent au constat des experts et au regard des curieux

d'étranges cratères sur toute leur surface, Jimmy fait venir des

huissiers et des officiers de police pour établir des rapports

écrits de leurs cônclusions. I1 invite des témoins par dizaines à

se rendre à des réunions où se produisent les phénomènes, des

fonctionnaires assermentés comme des ésotéristes. C'est lors de

ces "soirées" que nous débutons dans un restaurant du Prado et

que nous poursuivons chez André Dellova, dans son apparte-

ment du huitième étage de la Marine Bleue, dans le quartier de

Saint-Gabriel, que nous rencontrerons notamment Alain Russo,

alias Le Kern, René Chevallier qui est cadreur professionnel à

l'O.R.T.F. et son accessoiriste Lucien, Joël Ory, à l'époque Direc-

teur Régional des Assurances Le Monde, Myriam, une médium,

ainsi que Pierre-Jean Vuillemin Directeur d'une Agence de

Voyages qui se propose, en dernier recours, de m'offrir un aller-

retour en Turquie, de façon à procéder à un "désenvoûtemenN'

par l'entremise d'une dénommée Sarah. Pierre-Jean Vuillemin

considère, en effet, que je suis en quelque sorte..."possédé", ne

sachant rien des "contacts" que j'ai pu avoir : Jimmy Guieu

ayant respecté le silence que je lui avais demandé d'observer à

ce suj et.

Par l'intermédiaire d'une agence, nous avons trouvé un

petit appartement au numéro 26 de la rue Pierre Laurent, juste à

 

côté de l'hôpital Michel Lévy où, quelques rnois auparavan

j'avais accédé à la demande du Professeur Serratrice en me rei

dant à des séances dites interprétatives des phénomènes que

subissais. De leur côté, Monsieur et Madame Auzié ont cru bc

de se rendre à Toulon pour aviser mes parents de ce que j'ava

su taire durant six ans. Cette démarche jettera un froid dans 1

familles et, de notre côté, nous nous dissocierons de nos paren

respectifs, ne les voyant que très épisodiquement en attenda

que le calme revienne. Mais ce sont là les prémices de tout

qui va advenir, de tout ce qui va exacerber l'incommunicabili

faisant de nous des "parias", sans qu'il faille nourrir de ressen

ment à l'encontre de nos contempteurs. En outre, sachant bi

aujourd'hui que le hasard n'existe pas, il faut convenir que ce1

mise à l'écart avait sa raison d'être, dans le cadre de ce qui av

été concocté depuis, sans doute, un certain jour de la fin ju

1948... Mais que ce petit aparté ne nous éloigne pas de no1

narration chronologique des faits.

Alors que les vitres du 26 rue Pierre Laurent s'ornent

leur tour de cratères semblables à ceux qui avaient défrayé

chronique au Méditerranée, suite aux billes d'acier qui satellisent

nos personnes, Jimmy Guieu multiplie les réunions nocturnes

où il sollicite les "bonnes" et les "mauvaises" volonté;

venir assister, deux à trois fois par semaine, au déroulement c

opérations.

C'est ainsi qu'il a même demandé à l'Évêché de M

seille un prêtre exorciste, comme il en existe dans chaque dio

se. L'Église faute d'accéder à cette requête susceptible de

valoir une image publicitaire de mauvais aloi, nous a né;

moins délégué l'Abbé Roure qui, en plus de sa profession

foi, est également détenteur d'un diplôme d'ingénieur en arc

tecture.

Au terme d'une soirée particulièrement mouvemenl

le Père Roure se contentera, en nous quittant, de me serrer c

leureusement la main en me promettant de prier pour no

Sentiment d'im 'ssance ?... Je pencherais davantag p

conditionnement extérieur vouant la volonté humaine à un r

secondaire quant aux initiatives à prendre.

La police nous octroiera la présence du Chef de

laboratoires scientifiques : le médecin-colonel Tirou qui

pourra qu'apporter son témoignage, sans se laisser aller à p

d'explications. Bien sûr, assister à plusieurs reprises à la so

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Pascal privilégiait (au début) l'aspect tactique ; André,

lui, recherche le contact, l'épreuve physique, dans le but de

mettre en pratique tout ce qu'il a appris en matière de combat et

c'est de technique dont il veut faire usage contre l'O.M.... Je ne

peux pas le lui reprocher : quiconque n'a pas vu ne peut imagi-

ner. I1 m'a cru (ce qui n'est déjà pas si mal), mais j'ai bien com-

pris que nul ne saura vraiment le dissuader de ce raisonnement

et qu'il tentera d'engager un rapport de forces qui ne peut que

se terminer à son désavantage.

Alors, après l'avoir présenté à Jacques Warnier, Max

Corrado, Christian Santamaria, Gilbert Marciano, Jean-Claude

Panteri, Michel Aguilo, Norbert Baldit et autres Pierre Monta-

gard et Gilbert Musso, je le conduirai au 27 rue Lafayette où,

comme de bien entendu, l'ami André connaîtra son baptême du

feu ! II pourra voir notamment la bobine d'allumage de la voiture

de Jacgues sortir du ve7zicule, nous précéder, pénétrer dans l'im-

meuble et gravir les marches d'escalier sur deux ou trois étages. Il

assistera, médusé, au décollage fusant de plusieurs plaques

d'égout qui ricocheront sur les portières des automobiles en sta-

tionnement sans y enlever une once de peinture ! Tout ceci dans

la même soirée.

Nous venions d'entrer dans une phase active en ce qui

concerne ces événements et j'accueillis le mariage de Gil et

Claudine comme un ballon d'oxygène, la situation commençant

à se faire tendue au bureau. Témoin de Claudine, je me rendis à

Villeurbanne où les deux jeunes mariés me firent l'honneur et la

joie de me donner à interpréter une dizaine de mes chansons, au

cours de la fête qu'ils donnèrent après la cérémonie. Tout se

passa pour Ie mieux et j e redescendis avec mes amis sur Toulon,

d'où ils comptaient sillonner la région dans le cadre de leur

voyage de noces.

Je suis au boulevard Notre-Dame, prenant un verre

dans ma chambre avec Jean-Claude Panteri qui me fait remar-

quer que nous fêtons en quelque sorte le quatrième anniversai-

re de nos aventures puisque juillet touche à sa fin et que je

m'apprête à partir en congés, à Toulon, rejoindre Gil et Claudi-

ne. Est-ce pour participer à ce souvenir que le poêle à mazout

qui se trouve à proximité de l'armoire se met à défier les lois de

la pesanteur ? Toujours est-il qu'il nous fauft prendre un esca-

beau pour le récupérer, avec toutes les peines du monde, sur le

chant de la porte vitrée donnant accès à la salle à manger !

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Comme je me suis plu à le souligner au début de ce

livre, il est heureux que ma logeuse ne fréquente pas son appar-

tement en même temps que moi : il y a là de quoi écourter la vie

de tout septuagénaire, si fringant fut-il ! Mais peut-être cette

situation n'est-elle pas fortuite...

En ces circonstances, c'est-à-dire en milieu intérieur, il

est rarissime gue nous captions le départ de l'objet : d'une part on

ne s'y attend pas, d'autre part notre attention se trouve souvent

portée vers autre chose, ce qui fait que c'est le plus souvent un

bruit qui nous avertit du phénomène, soit dans les derniers ins-

tants du vol, soit carrément lors de l'atterrissage !

Ma première semaine de vacances se déroule dans cette

ambiance amicale que j'ai toujours appréciée et qui réunit des

gens de milieux et quelquefois d'âges différents, mieux, qui les

unit. C'est ainsi que Chantal et Roberto, Claudine et Gil, Mylè-

ne et Christian Goulet (soeur et frère cadets de Claudine) se

retrouvent pratiquement chaque jour à la plage et chaque soir

autour d'une table. Chantal a parlé à Roberto de quelques faits

me concemant, mais elle se montre discrète vis-à-vis de Claudi-

ne et des siens qui ne savent rien. Pas pour longtemps. Alors

que les De Rosa viennent de regagner l'Italie où ils vivent

désormais, nous continuons à couler des jours heureux avec mes

amis Lyonnais. Gil a presque achevé son premier roman "Tro-

perama", et nous parlons souvent de l'avenir que nous aime-

rions quelque peu différent de ce que nos parents respectifs

souhaitent. C'est le proche avenir qui va nous octroyer ce droit à

la différence et de quelle façon !

Renée Coutance, la tante de Claudine, a mis à notre dis-

position une villa au pied du Mont Faron (montagne qui domi-

ne Toulon) et nous nous apprêtons à y donner une petite fête

nocturne. Cette villa, souvent inoccupée, ne possède pas la vais-

selle et les chaises nécessaires pour la douzaine de personnes

que nous sommes. Aussi, Jean-Paul, un voisin et ami, nous pro-

pose de l'accompagner chez lui, à quelques cinq cents mètres de

là, pour chercher les ustensiles manquants.

Gil, Christian et moi nous portons volontaires et nous

voilà sur le chemin du retour, le pas mal assuré, les bras chargés 

de couverts et de sièges. Tout à coup, une grêle de pierres vient

frapper avec une violence inouïe les voitures rangées le long de

la rue dans laquelle se situent les deux villas ! Mes amis affolés

laissent tomber à terre ce qu'ils portent et cela crée une confu-

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sion terrible. Des vitres de maisons voisincs cxplosent, des cris

jaillissent de ces maisons, des volets se ferment ! Jean-Paul

rebrousse chemin et se rend à nouveau chez lui pour téléphoner

à la police. Dans le quart d'heure qui suit, un fourgon arrive et

après nous avoir posé quelques questions, les policiers effec-

tuent une ronde qui se révèle aussi fructueuse que celles qu'ef-

fectuaient les patrouilles de mes anciens compagnons de régi-

ments. Le calme revient peu à peu et nous nous mettons à table.

Je suis tendu, je n'ai rien osé dire à mon entourage, je n'ai pas

voulu gâcher la soirée. Mais ce n'est là que partie remise : par la

fenêtre ouverte, alors que nous prenons le dessert, un rocher

pénètre avec fr'acas dans la pièce et sème la panique parmi l'assis-

tance ! Tout le monde se précipite à l'extérieur et, dans le jardin,

c'est l'apothéose : jamais 'e n'ai vu arnver tant de blocs de pier-

re ! Des gens crient, des défTagrations retentissent, me rappe ant

 

"la première fois" à Delort. Certains parlent de coups de feu, nous

nous réfugions à l'intérieur tant le tir est nourri !

C'est une véritable armada que la police envoie, sans

doute à la suite d'un appel téléphonique des voisins. Voitures et

fourgons cernent le quartier, des projecteurs s'allument et

balaient tous les alentours, mais bouteilles et ' es con ' uent

d'arriver. Cela dure une onne demi- eure puis le calme

reprend ses droits. Alors la police entreprend ses investigations

et pénètre dans les foyers pour poser les questions d'usage aux

nombreux témoins. Une heure après, l'agitation a laissé place à

l'émotion. Chacun commente les faits ou du moins ce qu'il en a

perçu. C'est l'instant que je choisis pour prendre Gil à part et lui

expliquer.

Derrière ses lunettes, qui ne dissimulent en rien un

regard malicieux, Gil mâchonne nerveusement l'embout de sa

pipe qui n'en finit pas de s'éteindre et qu'il rallume en écoutant

religieusement ce que je suis en train de lui apprendre. Claudi-

ne et son frère Christian nous ont rejoints, tandis que tous les

autres sont partis se coucher. C'est le petit matin qui interrom-

pra notre discussion passionnée. Deux heures de sommeil léger

nous rendront à la réalité lorsque les bruits (normaux cette fois)

de la rue et les commentaires du voisinage nous parviendront

par les fenêtres que nous n'avions pas fermées. Le temps d'ava-

ler un café, nous allons déambuler dans le jardin comme pour

se réimprégner de ce climat hétéroclite dans lequel nous avons

évolué quelques heures auparavant. Avec la lumière du jour,

 

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tout apparait différent, le décor se trouve changé ; là où nous

imaginions des recoins pouvant constituer des planques, il n'y a

que des massifs de lauriers roses ou de buis qui, de toute évi-

dence, n'ont abrité personne. Quant aux blocs de ierre ils sont

restés là où ils sont tombés et aucun indice ne permet de se don-

ner une idée rassurante de ce qui a eu lieu : ce dont je me dou-

tais sans en faire part à mes amis.

" I1 est bon, en la matière, que chacun fasse son approche

j des choses en marge de toute notion interprétative, touj ours

axée sur notre savoir bien trop conventionnel. Claudine ne s'es-

time pas très rassurée alors que Gil et Christian sont passion-

! nés, comme ont pu l'être Pascal Petrucci et Mikaël Calvin avec

' lesquels, hélas, il ne leur sera pas possible de partager cette for-

, me d'engouement. Les jours qui suivent ne révèlent rien d'anor-

mal, mais nous nous attendons à des manifestations. Elles sont

au rendez-vous en la fameuse nuit du 15 août que je m'en vais

vous raconter.

C'est aux environs de dix-huit heures trente que nous

désertons les Sablettes,0ù nous avons goûté aux joies du soleil

et des bains de mer pratiquement toute la journée. Le trajet du

retour s'est trouvé perturbé par l'apparition d'une statuette en

ivoire qui, à plusieurs intervalles, est venue frapper de petits

coups sur notre veicule. Sans s'en émouvoir outre mesure, nous

avons décidé de ne pas nous quitter et de passer la soirée

ensemble. C'est chez Renée Coutance, au 92 Cours Lafayette,

que nous débarquons, précédés dans l'escalier par la statuette

qui monte les étages à bonne allure.

Il est vrai qu'elle connaît les lieux, puisque Renée nous

apprend que cet objet lui appartient : il s'agit d'une représenta-

tion de la Sainte-Vierge. Nous sommes, je le répète,1e 15 août,

c'est la Sainte-Marie : ceci expliquant peut-être cela. Renée est

une personne dont se dégagent une grande douceur et une pro-

fonde sérénité ; elle rassure Claudine et nous invite à demeurer

chez elle, plutôt que d'aller dîner en ville où nul ne sait ce qu'il

risque de nous advenir... C'est donc une demi-douzaine de

jeunes gens qu'elle a rassemblés autour de sa table et l'ambian-

ce est loin d'être triste.

Nous mangeons fenêtres grandes ouvertes et la fraî-

cheur du soir qu'elles laissent pénétrer apaise nos corps gorgés

de soleil et nos esprits encore un peu troublés. Aux alentours de

vingt-trois heures, alors que rien ne laisse présager une quel-

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que cette interrogation dont la réponse se trouvait encore et tou-

jours différée. Et pour longtemps encore ! Sans prétendre que

j'étais à peu près sûr "qu'ils" allaient accentuer la pression, je

m'attendais à une évolution de la situation, du moins sur le plan

général. Confronté aux contingences de ce qui constitue notre

système de vie, il était impensable que l'escalade qui ne man-

querait pas de poursuivre son cours, ne m'attirât pas tôt ou tard

des ennuis. Restait à en prévoir la nature.

J'eus tout le loisir, au fur et à mesure de ce qui allait

m'être proposé, d'entrevoir la catastrophe finale sous des aspects

divers mais sans jamais céder au découragement, Mikaël Calvin

ayant su insuffler en moi un sentiment de conBance inébran-

lable. Architecte, Maître d'uvre, il avait érigé sur les contre-

forts de mon esprit une sorte de forteresse inexpugnable dans

laquelle je gardais captive la Foi. Forteresse dont la clef de voû-

te avait été et demeurait la guérison de Chantal. Il me restait à

attendre les assauts et les assaillants...

Je n'attendis pas longtemps. Le mois de septembre

apporta une forme de crescendo, sur divers plans, que j'eus pu

assumer à condition de ne pas devoir vivre en collectivité, en

l'occurrence de ne pas avoir à fréquenter régulièrement des

lieux publics et surtout d'en dépendre comme c'était bien évi-

demment le cas pour mon travail. Du sous-sol au Septième éta-

ge, du parking souterrain au réfectoire, le Centre Kléber vivait

au rythme des manifestations qu'André Dellova et celui qui

vous relate ces faits subissaient.

Tout y passa : tubes de néon explosant à notre passage,

tiroirs sortant de leurs glissières pour aller se promener là où

nul ne les attendait, vitres se brisant sans avoir été touchées,

hache d'incendie se détachant de son support, dans la salle des

archives, pour poursuivre de pauvres employés venus là chercher

des dossiers et je n'énumérerai pas les bouteilles et les pierres de

toutes les tailles arrivant à n'importe quelle heure de la journée, à

n'importe yuel endroit. La rumeur qui avait coïncidé avec mon

arrivée dans ce Centre avait largement débordé de son caractère

semi-confidentiel pour devenir le sujet de conversation de tous.

Lorsque Madame Pisano, Chef Divisionnaire, c'est-à-

dire directrice de Kléber me convoqua, je ne pus que lui témoi-

gner ma désolation et ma résignation quant au désordre que

provoquaient tous ces événements. I1 n'était aucunement ques-

tion pour moi de nier la responsabilité qui m'incombait en la

 

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matière, mais d'en minimiser les effets. Madame Pisano, au

demeurant très humaine, ne pouvait accepter que je rende fous

(selon ses propres termes) les quelques six cents employés que

comportait le Centre. Jacques Warnier se dérangea même de son

bureau de Cantini, sis au centre-ville, pour prendre ma défense

vis-à-vis de mon Chef Divisionnaire qui me menaçait de

prendre des sanctions ou tout au moins des mesures pour me

faire muter ailleurs, en avisant la Direction Régionale de la

Sécurité Sociale des Bouches-du-Rhône de l'incompatibilité que

comportaient le fait d'accomplir une activité professionnelle et

celui de participer à de tels événements, même à son corps

défendant.

Mes amis pensèrent en ces instants que la situation

devenait délicate pour moi, que je risquais tout bonnement de

perdre mon emploi et qu'il valait mieux tenter le tout pour le

tout : aller au 27 rue Lafayette et contacter les responsables de

cette situation, leur faire état de ce qui me menaçait et de trou-

ver un terrain d'entente en leur faisant accepter de suspendre

leurs actions sur les lieux de mon travail. C'est avec Jacques

Warnier, Gilbert Musso et André Dellova que l'expérience est

tentée. Nous sommes dans la première semaine d'un lumineux

mois de septembre et trois soirs durant, après notre journée de

travail, nous portons nos pas dans cet immeuble qui, sans évo-

quer un climat d'épouvante, n'en exprime pas moins un senti-

ment de mystère assez malsain. Personnellement, en mon for

intérieur - peut-étre en est-il de même pour mes compagnons-

c'est l'ombre de Pascal Petrucci que je sens rôder entre ces

murs : je ne peux m'interdïre de penser que c'est là que j'ai vu

notre ami, pour ainsi dire, pour la dernière fois et il ne faudrait

pas me pousser beaucoup pour me faire dire que j'ai la convic-

tion que Pascal y est retourné, sans moi, pour une démarche

dont j'ai une vague idée...

Un soir, alors que nous déambulons, sans succès,

depuis un bon moment dans les couloirs du mystérieux

immeuble, retentit soudain, alors que la lumière vient de

s'éteindre, un morceau de musique que je ne reconnais pas tout

de suite, plus préoccupé à trouver le bouton de la minuterie

qu'à chercher le titre d'une oeuvre si classique soit-elle, comme

c'est précisément le cas. L'éclairage rétabli, notre attention est

attirée par des inscriptions gravées sur l'un des murs du palier

sur lequel nous nous trouvons. On peut y distinguer un bateau,