Quelques articles sur les ovnis
rédigés pour Le Québec sceptique

Les soucoupes volantes existent-elles ?

par Claude Lafleur
Le Québec sceptique #14, juin 1990, p. 4 à 7

        Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, nombreux sont ceux qui ont rapportent avoir aperçu dans le ciel des objets d'apparence si étrange qu'on ne peut imaginer que leur origine soit simplement terrestre. Et pourtant.. . Voici trois exemples (parmi tant d'autres) analysés par le "Sherlock Holmes des soucoupes votantes": Philip Klass.

Une soucoupe volante assommante ?

        Le 27 août 1979, à 2h19 du matin, un officier de police du Minnesota, Val Johnson, rapporte que son auto-patrouille vient d'être attaquée par un objet volant non-identifié. Lorsque son confrère Greg Winskowski arrive sur les lieux de l'incident, il trouve la voiture de Johnson à angle droit sur le chemin et des traces de pneu s'étendant sur plus de trente mètres.
        L'officier raconte que, vers 1h40 du matin, il a aperçu une intense lumière en provenance d'un boisé situé à quelques kilomètres d'où il se trouvait. Croyant qu'il s'agissait d'un avion faisant de la contrebande de drogue, il décide d'aller voir de plus près — il n'avise toutefois pas ses supérieurs de son initiative pourtant risquée. Johnson affirme que parvenu à environ deux kilomètres du boisé, la lumière fonce soudainement à grande vitesse vers son automobile. . Il ne se rappelle avoir alors entendu de la vitre se briser avant de perdre connaissance. Iil serait demeuré inconscient près d'une quarantaine de minutes.
        L'attaque semble confirmée par le fait que sa voiture, une Ford LTD, a subi de nombreux dommages mineurs. Ainsi, le pare-brise est craquelé en plusieurs endroits. Il a une petite perforation sur l'un des gyrophares rouges placés sur le toit du véhicule (les quatre autres sont cependant indemnes). Une antenne radio située immédiatement à l'avant de ces gyrophares se trouve pliée selon un angle de 60 degrés, alors qu'une deuxième antenne, installée sur la valise arrière, est tordue à 90 degrés. Par contre, celle de l'appareil radio standard (placée à l'avant du côté du passager) demeure intacte.
        De plus, seul le protecteur en vitre de l'un des phares avants de la voiture est brisé. Sur le capot, il y a une petite bosse circulaire qui semble être le résultat d'un coup de marteau.
        Curieusement, la montre que porte Johnson ainsi que l'horloge à bord de l'auto-patrouille ont toutes deux quatorze minutes de retard — l'officier affirme pourtant les avoir mises à l'heure avant d'amorcer son quart de travail.
        Une ambulance transporte Johnson à l'hôpital où un médecin ne constate qu'une légère irritation aux yeux du policier et, après lui avoir administré un médicament approprié, le renvoie chez lui.

Des extraterrestres malicieux ?

        Si le policier décrit réellement la façon dont son véhicule a été endommagé, on ne peut alors que conclure à une collision avec une soucoupe volante. C'est pourquoi le shérif Dennis Brekke fait appel aux services du Center for UFO Studies du célèbre Dr Allan Hynek. Le spécialiste dépêché sur place, Allan Hendry, mène une minutieuse enquête sur cette histoire... qui devient d'ailleurs encore plus étrange au fur et à mesure qu'on l'étudie.
        Ainsi, Hendry a recourt à Meridan French, spécialiste en matière de pare-brise de la compagnie Ford, pour examiner la voiture. French conclut que les fractures de la vitre font "suite à des forces mécaniques plutôt que thermiques; "...il n'y a pas d'évidence d'une source de chaleur". Selon French, l'une d'elle pourrait avoir été fade à l'aide d'un marteau à tête de caoutchouc, alors qu'une seconde "apparaît être produite par l'objet d'un objet extrêmement dur".
        D'autre part, Hendry constate que les antennes endommagées sont pourtant soumises à la base d'un ressort: normalement, elles auzaient dû s'incliner lors d'une collision avant de reprendre, indemnes, leur position. De plus, les ingénieurs de la société Honeywell observent que ces antennes ne portent aucune trace d'impact physique ni d'exposition à une intense source de chaleur. Comment alors expliquer qu'elles se soient pliées lors d'une rencontre avec un ovni?
        Pour tenter de résoudre le mystère des 14 minutes de retard prises par les deux horloges, Hendry suppose que l'auto-patrouille aurait pu être exposée à un intense champ magnétique en provenance de l'ovni. Toutefois, à l'aide d'un magnétomètre, il établit que la voiture n'a été soumise à aucun champ magnétique notable...
        Si la soucoupe volante émettait des radiations ultraviolettes, celles-ci pourraient avoir causé les irritations aux yeux de Johnson. Cependant, il est démontré que la couche de vinyle qui recouvre le pare-brise de la voiture filtre complètement ces rayons alors que, de surcroît, les lunettes que porte le policier offrent une protection additionnelle. En outre, Johnson n'a aucune trace de "coup de soleil" au visage — ce qui serait normalement le cas s'il avait été victime de radiations ultraviolettes.

        Pour Philip Klass, toutes ces analyses ne conduisent qu'à deux scénarios possibles. Ou bien Val Johnson a été attaqué par de malicieux extraterrestres qui ont endommagé l'un des phares de son véhicule avec un objet ressemblant à un marteau avant de frapper le capot et le pare-brise. Ces êtres auraient également plié délicatement deux des trois antennes, en faisant bien attention de ne pas les briser. Puis ils auraient reculé la montre-bracelet de Johnson ainsi que le cadran de bord, avant d'enlever les lunettes du policier pour diriger une intense source ultraviolette dans ses yeux... en prenant cependant garde à ne viser aucune autre aire de sa figure!
        Ou bien, seconde possibilité, il s'agit d'une mise en scène...

La preuve irréfutable des ovnis

        À l'été de 1977, Philip Klass reçoit une lettre de William Bissonnette, résidant de Bridgeport (Connecticut), qui décrit l'incident suivant:
        "Il y a environ un mois, vers 19h30, je me rendais à l'épicerie à bord de mon automobile. À peine étais-je sur la route que j'ai eu la plus spectaculaire vision de ma vie! Il y avait, au-dessus de Bridgeport, un vaisseau illuminant tout le ciel. Ses lumières scintillaient et virevoltaient autour de la ville. Après être resté figé une seconde ou deux, je me suis souvenu que j'avais un appareil-photo dans le coffre arrière. J'ai donc stoppé ma voiture, couru chercher mon appareil avant de commencer à prendre des photos.
        "Réalisant que l'éclairage de la route risquait de ruiner mes prises de vue, je me suis rendu dans un champ avoisinant. Mais, au moment de prendre de nouvelles photographies, ma caméra s'est bloquée! (Je me rappelle avoir lu plusieurs histoires où des problèmes mécaniques surgissent en présence d'un ovni.) Après avoir brassé quelque peu mon appareil, je suis parvenu à prendre d'autres images.
        "Le soir suivant, vers la même heure, en roulant sur la route, j'ai revu l'objet! Arrivant à la ville de Stratford, je l'ai encore aperçu. J'ai pris quelques photographies avant de me rendre au travail... contenant difficilement mes émotions.
        "Les seules personnes à qui j'avais raconté ce que j'avais vu le soir précédent étaient ma copine, un compagnon et ma logeuse. Lorsque je suis rentré à la maison, cette dernière m'annonce que ma copine avait téléphoné plus tôt pour dire que, en compagnie d'un ami, elle avait également aperçu l'ovni! Ils se mirent même à sa poursuite pour réussir à se placer directement en dessous...
     

   "Mon Dieu, pensais-je, maintenant je possède des preuves irréfutable: j'avais des photos de l'objet et des témoins... Or, juste au moment où je croyais pouvoir prouver hors de tout doute l'existence des soucoupes votantes

 

 

Ma logeuse me cite les paroles de ma copine: "Dites à Bill que, lorsque vous êtes directement sous la chose et que vous la regardez, vous lisez ANTHONY'S AUTO BODY — FREE ESTIMATE!'

        L'ovni n'était autre qu'un avion traînant une banderole publicitaire formée de centaines d'ampoules électriques.

 

Nadine Brown, qui opère un Cessna-150 équipé de plus de 300 lumières, explique que "vous apercevez l'avion de loin, mais vous ne pouvez lire le message que si vous vous trouvez à un demi-kilomètre de part et d'autre de son passage. Un observateur situé à une plus grande distance verra une chose ressemblant à une méduse".

Nuage orange, sablier et fantôme

        M. et Mme J.D. Chenoweth, résidant en Californie du nord, se rendaient à un mariage lorsqu'ils ont eu sous les yeux une véritable "apparition". Vers 19h30, le 19 février 1976, alors qu'ils roulaient à une centaine de kilomètres de Bakersfield (Californie du sud), ils ont vu le sommet des monts Diablo s'illuminer.
        Mme Chenoweth raconte: "Une boule orange foncée a été éjectée, tel un boulet de canon, du sommet des montagnes et s'est arrêtée dans les airs!"  Le couple a garé sa voiture sur le bord de la route pour regarder la boule prendre les allures d'une flèche. "Cette "flèche", poursuit Mme Chenoweth, s'est inclinée selon la position de 3 heures pour pointer la direction ouest nord-ouest. Elle a commencé à s'étendre et à s'étendre jusqu'à atteindre environ six fois sa largeur...
        "Quelques secondes plus tard, une petite boule orange foncée est sortie de la queue de cette flèche et est demeurée suspendue en l'air... En quelques secondes, elle s'est mise à palpiter ou à clignoter très rapidement —peut-être quinze ou vingt fois. Toujours vibrante, la petite boule s'est ensuite dirigée vers le nord pendant que la brillante flèche a développé une sorte de bande foncée au milieu de sa 'taille" et s'est placée en position verticale.
        "Nous avons remarqué [mon mari et moi] à quel point détail merveilleux à voir, le résultat d'ingénieurs au goût exquis... La flèche a ensuite pris de plus en plus la forme d'un sablier. Sa base et son sommet atteignaient environ trois fois la largeur de sa 'taille'. Un épais nuage blanc lumineux a alors été expulsé silencieusement de la base de l'objet et puis un autre nuage s'est échappé de sa partie supérieure. Le 'sablier' lumineux est demeuré suspendu là, brillant dans le ciel noir. Il a pris l'apparence d'un fantôme sans tête et avec ses bras relevés... Il devenait de plus en plus transparent pour se dissiper en une minute ou deux. Alors, plus rien n'est demeuré visible. Il n'y a eu ni bruit ni odeur ... ", note-t-elle.

        À la suite de cet étrange récit, Philip Klass consulte une carte de la région et remarque que la base militaire de Vandenberg se trouve à approximativement à 130 kilomètres au sud-ouest du point où les Chenoweth ont observe leur spectaculaire apparition.  Il s'agit de l'une des plus importantes installations de l'U.S. Air Force d'où sont lancés nombre de missiles et de satellites secrets
        Klass téléphone donc aux responsables pour s'informer s'il y avait eu un lancement à partir de Vandenberg le 19 février 1976. On l'informe alors qu'un missile Minuteman a été tiré ce jour-là vers 19h20, soit une dizaine de minutes avant le moment où les Chenoweth estiment avoir vu le ciel s'illuminer. Le couple regardait d'ailleurs en direction sud, soit vers la base de Vandenberg.
        Ainsi, le surprenant "nuage orange / sablier / fantôme" de M. et Mme Chenoweth était simplement le lancement -— oh combien spectaculaire — d'un missile intercontinental à trois étages Minuteman, tel que vu à 130 kilomètres de distance.
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Extraits de l'ouvrage de Philip J. Klass, UFOS, the public deceived, Prometheus Books, 1983, 308 pages.

Débat sur les ovnis: quand on y pense un peu...

par Claude Lafleur
Le Québec sceptique #15, novembre 1990, p 18-22

        Le 24 août dernier [1990], cinq représentants des Sceptiques du Québec ont participé à l'enregistrement d'une émission de la série Débat animée par Benoît Johnson. Cette émission a été diffusée à la télévision de Quatre-Saisons de la région de Sherbrooke ainsi que, à l'échelle du Québec, le 7 septembre sur les ondes du canal TV-5.
        La délégation des Sceptiques se composait de Philippe Thiriart, Dominic Larose, Claude MacDuff, Denis Lessard et moi-même. J'ai ainsi siégé à l'avant-scène aux côtés de Richard Glenn (animateur de Ésotérisme expérimental), François Bourbeau (ufologue et éditeur du magazine Fusion") et Paulette Giroux-Mercier (contactée par les extraterrestres). Mes quatre confrère ont pris place dans l'assistance formée d'une trentaine de personnes dont, fait étonnant, la grande majorité doutait de l'existence des soucoupes volantes.
        Comme c'est généralement le cas dans ce genre de débat, les différents aspects du sujet ont été à peine effleurés. Toutefois, les participants ont été en mesure de faire le tour des principaux points, dont les suivants.

Première preuve : témoignage d'une "contactée"

        L'animateur Benoît Johnson amorce le débat en demandant à Paulette Giroux-Mercier de nous relater son expérience. Celle-ci raconte avoir été contactée à cinq reprises, entre 1973 et 1986, par deux extraterrestres. Ceux-ci étaient "très grands (environ 1,80 m) et bien ordinaires... rien d'épeurant, nous dit-elle. Ce sont des êtres comme nous autres. On les rencontrerait et ils seraient mélangés parmi la foule..."
        Quant à savoir de quoi elle a discuté durant ces cinq rencontres, Mme Giroux-Mercier demeure évasive. Ses premières réponses tournent autour de généralités du style "Pour toutes les personnes qui disent avoir été contactées, le message revient toujours au même: on est sous observation... c'est de l'amour..."
        Questionné avec insistance par Benoît Johnson et plusieurs membres de l'auditoire, elle finit par préciser: "Bon, ils m'ont dit qu'ils étaient des Fils du Soleil, que l'on était sous observation, qu'il fallait justement faire attention car l'on mettait le Système solaire en danger... un peu comme si la planète était un électron qui faisait partie d'un atome et que donc si on faisait sauter la planète, on nuirait à tout le Système solaire." Elle rapporte aussi que "Quand bien même je vous raconterais comment j'ai été contactée ou ce que l'on s'est dit, je pense que vous allez m'écouter mais que finalement cela ne vous aura pas donné grand'chose..."
        Et pourtant, dans son livre Et si c'était vrai!..., elle nous révèle, entre autres choses: l'origine de l'Univers, l'habitat des extraterrestres et même notre destiné! Somme toute, rien qui puisse réellement nous intéresser, quoi!

        Suite à la première partie de ce témoignage, l'animateur me demande s'il est possible d'être contacté par des extraterrestres et si je crois le récit de Mme Giroux-Mercier. "Pour le groupe que je représente, dis-je, l'idée n'est pas de nier le phénomène, ni non plus d'y croire, mais plutôt d'essayer de mettre en lumière les preuves." Puis je déplore l'absence de "preuves" autres que de simples témoignages: "On constate malheureusement qu'en près de cinquante années d'observations d'ovni, tout ce qu'on a accumulé n'est que récits de tous genres."
        Que dire alors des photos et des films; ceux-ci ne constituent-ils pas des preuves sérieuses?, demande-t-on. Malheureusement non, car on constate aisément que des films produits à Hollywood — telles les séries James Bond, Guerre des Étoiles et Indiana Jones (pour ne nommer que ceux-là) — présentent une fiction qui paraît souvent plus authentique que notre banal réalité de tous les jours. Ainsi donc, tout film ou photo se rapportant aux ovnis ne peut être tenu pour preuve même dans le cas où on pourrait établir avec certitude qu'il n'a pas été truqué.
        Mme Giroux-Mercier rétorque que personne ne lui fera nier, même après dix-sept ans, que le phénomène est réel. Il est toutefois dommage qu'elle n'ait jamais demandé à ses visiteurs de

lui fournir une preuve irréfutable de leur existence —

celle-ci pouvant n'être qu'un petit appareil capable de "zapper" tous les sceptiques!

Deuxième preuve : les ovnis belges

        La présentation d'un film d'ovni peut donner l'occasion de relever certaines failles fondamentales, comme ce fut le cas lors de l'émission Débat. Ainsi, lorsque l'animateur demande à Richard Glennquelle preuve il pouvait apporter, celui-ci fait projeter un film montrant un ovni, vraisemblablement de forme triangulaire, se déplaçant dans un ciel noir. Ce film a été tourné par un cinéaste amateur belge au mois de mars dernier. À l'appui de ce document, Glenn apporte les "faits" suivants:
        "Des ovnis ont été suivis à plusieurs reprises au-dessus du ciel de Belgique par des avions de chasse F-16. Il y a eu plusieurs centaines 7de témoins. On sait que les écrans radars des F-16 ont pu détecter le déplacement de l'ovni. Le film authentique ne laisse entendre aucun bruit, ni musique, ni réacteur — ce qui est très important... Et c'est corroboré par l'armée; donc ce n'est pas un témoin par hasard..."
        À l'appui de quoi un certain M. Payotte* (dans l'assistance) renchérit en disant que: "Cette vague de survol d'ovni a durée cinq mois. On demande quelles sont les preuves officielles: il y a eu 23 témoignages de gendarmes assermentés en Belgique — assermentés! Il y a de plus la vitesse de ces engins qui a été mesurée — 1 800 kilomètres/heure — et leur accélération — 40 G! Et lorsque l'on sait qu'un homme, une créature humaine, résiste au maximum à une accélération de 8 G, imaginez-vous quelle technologie. Ce n'est pas terrestre!"
        Malheureusement un débat à la télévision n'est pas propice pour réfuter ce genre d'affirmations. Je me contente donc de dire que "Si cela constitue la meilleure preuve de soucoupes volantes que l'on possède après quarante ou cinquante ans d'observations, ce n'est pas terrible! Au mieux, ce pourrait être un objet volant dont on n'a pas identifié la nature, mais ce n'est absolument pas la preuve d'un objet contenant des êtres provenant d'une autre planète!"
        En ce qui a trait aux "faits" énoncés par messieurs Glenn et Payotte, on peut relever les carences suivantes:
        • La présence de centaines de témoins et de gendarmes assermentés ne confirme pas la nature des faits, même s'il s'agit de gens honnêtes, sains d'esprit et qui ne sont pas victimes d'une "hallucination collective". En effet, si vous et moi allions assister au spectacle d'un magicien au cours duquel celui-ci fait la démonstration consistant à scier en deux une personne puis à la recoller, nous serions alors en présence d'un phénomène que l'on ne saurait expliquer, tout comme ne le seraient les centaines de témoins qui corroboreraient nos dires. Pourtant, il ne s'agit que d'un "truc" — sans quoi notre magicien serait le plus grand chirurgien du monde.
        • L'observation de l'ovni par les radars de F-16 ne constitue pas là non plus une preuve de soucoupe volante, telle que l'a démontré à maintes reprises Philip Klass dans ses écrits. D'ailleurs, si vous voulez prendre connaissance d'un cas beaucoup plus spectaculaire et "troublant" que celui de Belgique (mais bel et bien expliqué), lisez l'analyse que Klass fait des ovnis rencontrés par l'Armée de l'air iranienne à l'automne 1976 et publiée dans son volume UFOs: The Public Deceived (chapitre 14).
        • Le fait qu'un ovni n'émet aucun bruit ne constitue pas une preuve d'objet extraterrestre sous prétexte qu'aucun de nos avions ne vole silencieusement. En réalité, vous n'entendrez pas le passage d'un avion si le vent souffle "dans votre dos" (alors que si le vent vient vers vous, vous pourriez l'entendre sans même le voir). Il est étonnant que Richard Glenn, qui se dit pourtant un observateur sérieux, n'est jamais constaté ce fait.
        • Lorsque M. Payotte mentionne que ces engins atteignent des vitesses de 1 800 km/h, des accélérations de 40 G et qu'il prétend que "On sait qu'un homme résiste au maximum qu'à une accélération de 8 G" pour conclure que "Ce n'est pas terrestre!", il étale alors son ignorance. Premièrement, de nombreux types d'avions se déplacent à des vitesses supérieures, dont le Concorde (2 333 km/h). Selon le Livre Guinness des records 1987, la palme appartiendrait aux appareils de reconnaissance américains SR-71 (3 530 km/h), sans compter les astronautes qui reviennent sur Terre à bord de la Navette spatiale à la vitesse dépassant les 25 000 km/h! Deuxièmement, le Guinness rapporte que la plus grande accélération constante jamais supportée par un être humain égalait 25 G et souligne qu'un candidat a même enduré 82,6 G durant 4 centièmes de seconde! Contrairement à ce que soutient M. Payotte, les pilotes de réacté militaire s'exposent à des accélérations pouvant atteindre les 8 G.
        En outre, de quelle façon a-t-on déterminé les paramètres dont fait état monsieur Payotte? S'agit-il d'observations faites par des témoins oculaires? Si tel est le cas, il est aisé de constater que celles-ci n'ont aucune valeur: en effet, lorsque vous verrez un avion traverser le ciel, demandez-vous à quelle vitesse il évolue, à quelle altitude il se trouve et combien de temps a duré votre observation. Mieux, faites-le en groupe et comparez vos résultats. Plus simple encore, demandez-vous quelle longueur a un avion de ligne de types DC-10 ou Boeing 747 (dix mètres?, vingt mètres?, cinquante mètres?, cent mètres ou davantage?). Et pourtant vous avez probablement vu de près des tels appareils! Un fait demeure: nul n'est en mesure d'évaluer à l'oeil ce genre de paramètres, encore moins lorsque l'objet observé est en vol. Tout enquêteur soit-disant sérieux ne devrait donc jamais prendre en considération de telles données.

        Comme le fait remarquer Philippe Thiriart au cours de l'émission, le cas des récentes observations en Belgique a été évalué par la revue Science & Vie. Selon ce magazine, les ovnis pourraient bien être des chasseurs "invisibles" américains F-117 (dits stealth fighters).
        Richard Glenn affirme pourtant à Thiriart que "Le fameux avion furtif dont vous parlez pèse vingt tonnes. Savez-vous à quelle vitesse se déplaçait l'ovnis? A 200 km/h! Or, il n'y a aucun véhicule actuellement qui peut se maintenir en l'air à cette vitesse..." Ce qui est faux puisque de très nombreux appareils ayant cette masse volent à 200 km/h (citons à titre d'exemple les célèbres bombardiers d'eau CL-215 qui combattent les feux de forêt). Richard Glenn ne sait donc pas de quoi il parle.
        Dans l'édition du mois de juin 1990 de Science & Vie (pages 92 et 93) on peut entre autres lire les propos suivants:
        • Toutes les personnes qui ont vu les "OVNI" les décrivent comme de grands objets triangulaires possédant sur leur surface inférieure trois énormes phares diffusant vers le sol une lumière blanche éblouissante. Or le F-117, vu de dessous, a bien une configuration approximativement triangulaire. De plus, sous son ventre, se trouvent trois puissants projecteurs qu'il utilise à l'atterrissage. Mais il les allume aussi lorsqu'il survole des zones non militarisées, cela afin de respecter la réglementation internationale en matière de trafic aérien civil.
        • Les radaristes militaires belges de Glons auraient en plusieurs occasions capté de très faibles échos, mais les F-16 de la base de Bauvechain, envoyés en éclaireurs, n'auraient rien enregistré sur leurs écrans radar. Or, la signature radar du F-117 est plus faible que celle que produirait une mouette. En outre, lorsqu'il vole à basse altitude, la géométrie particulière de la face supérieure le rend quasi indétectable par les radars de bord des intercepteurs qui le survolent.
        Or Richard Glenn, exhibant un exemplaire de cette édition, n'accorde aucune valeur aux observations de Science & Vie prétextant qu'il s'agit d'une "revue très scientifique et qui se doit de garder toute sa crédibilité."  Or, curieusement, un peu plus tôt, il cite comme source sérieuse le magazine... Paris-Match.!

Troisième preuve : probabilité de vie dans l'Univers

        Lorsque l'on veut justifier la possibilité de l'existence des soucoupes volantes, on se réfère souvent au fait que la très grande majorité des scientifiques considèrent qu'il y a probablement de la vie dans l'Univers. C'est ainsi que François Bourbeau déclare: "J'admets les possibilités de vie extraterrestre, je crois à l'exobiologie. Je pense qu'un scientifique intelligent qui est au courant ne peut pas rendre exclusif à la Terre la vie dans l'univers."
        Toutefois, il y a un abîme considérable entre admettre qu'il puisse y avoir une forme de vie quelconque (il ne pourrait s'agir que d'une vie microscopique) sur un monde fort lointain et l'existence de civilisations techniquement très avancées qui viendraient nous visiter régulièrement.
        En fait, ce raisonnement apparemment logique se butte à la barrière pratiquement infranchissable de la distance qui, logiquement, séparerait notre planète de tout monde hautement civilisé (une distance qui serait de l'ordre de plusieurs centaines, voire milliers d'années-lumière). Les tenants des visites extraterrestres contournent cette barrière en évoquant des voyages à travers d'autres dimensions et/ou via des trous noirs, etc. — mettant de côté toute rationalité.
        De deux choses l'une: ou l'on demeure logique dans le débat, ou l'on recourt à toute idée, si farfelue soit-elle, et l'on peut alors soutenir n'importe quelle thèse sans tenir compte d'aucun acquis scientifiques.

Quatrième preuve : traces inexpliquées au sol

        François Bourbeau et Richard Glenn font également mention de traces laissées sur le sol et pour lesquelles "la science actuelle se perd en conjoncture quant aux explications qui collent au phénomène." Ils ont notamment fait allusion aux empreintes circulaires observées à Sainte-Marie-de-Monnoir.
        Malheureusement, toute trace sur le sol que l'on ne pourrait expliquer ne constituerait pas en tant que telle la preuve d'un atterrissage d'une soucoupe volante, car cela équivaudrait à admettre une logique de type "si je n'habite pas Montréal, j'habite nécessairement Québec". En outre, il est possible de fabriquer des traces bien circulaires dont l'origine demeurera inexpliquable, particulièrement si vous manipulez le sol plusieurs mois avant que la manifestation n'apparaisse.
        En définitive, comme l'a fait remarquer Dominic Larose, un bel atterrissage de soucoupe volante devant tout le monde "et la preuve serait faite une fois pour toute!"

Troublants témoignages

        Au cours de l'émission Débat, Richard Glenn a tenu des propos qui paraissent quelque peu surprenants. À la question posée par l'animateur "est-ce que vous avez été en contact avec des extraterrestres?", celui-ci a eu la réponse suivante: "Non, mais j'ai été en contact avec un astrophysicien — astronome! — et il a changé toute sa vie parce qu'il a observé dans un observatoire français un ovni. Mais son directeur de recherche a détruit les preuves. Alors vous savez, c'est ça l'histoire du phénomène extraterrestre."
        Cette réponse est curieuse sous plus d'un aspects. D'une part, par le passé, Glenn a déjà déclaré avoir eu des contacts de nature extraterrestre (notamment durant son enfance). Ensuite il n'identifie pas l'astronome auquel il fait allusion, empêchant ainsi toute vérification objective.

        Par ailleurs, au cours de l'émission, Glenn nous présente deux portraits-robots de "l'être très souvent vu par des témoins qui ne se connaissent pas et qui, tant aux États-Unis, au Canada, en Belgique qu'en Amérique du Sud, disent "ils étaient petits, de grands yeux noirs, de grosses têtes, pas de cheveux". Ainsi il avait fait se déguiser deux enfants d'une dizaine d'années en "E.T".
        Amusé, Benoît Johnson enchaîne: "Vous nous dites que ça peut ressembler à cela, mais Mme [Giroux-Mercier] nous a dit tout à l'heure qu'ils étaient comme nous et qu'ils mesuraient à peu près six pieds!" Ce à quoi répond habilement Glenn: "Oui M. Johnson, vous savez très bien que sur la Terre il y a cinq races; il y a les petits Japonais et les grands grands noirs d'Afrique. Ils y a une grosse différence de stature et d'apparence physique. C'est une autre race probablement différente que celle que Mme Paulette Mercier a rencontrée tout simplement. Parce que si l'Univers est peuplé — et non pas simplement la Terre et une autre planète, mais beaucoup d'autres planètes — c'est évident qu'il y a des êtres d'apparences différentes qui viendraient ici sur la Terre."
        Remarquez qu'en présence de plusieurs cas qui se ressemblent, Glenn évoque cette constante comme preuve de la réalité du phénomène, alors que lorsque les cas diffèrent, il clame alors comme preuve la diversité de ce même phénomène. En d'autres termes, si vous jouer à pile ou face avec monsieur Glenn, il vous dira: ""Pile" je gagne, "face" vous perdez"!
        Un autre exemple de cette façon d'argumenter est apparu lorsque l'animateur lui demande:"Comment voyagent ces petits bonshommes?". Glenn répond: "Ah, ça c'est une autre chose intéressante; c'est de se rendre compte de la constance des observations à travers le monde. La constante des témoignages est ahurissante quant tu t'aperçois qu'un type au Japon, sur une ferme, nous dit que cela ressemblait à une cloche renversée, il se dégageait une lumière en dessous et lorsqu'il est passé au-dessus, il y avait un sas noir... Et tout d'un coup vous avez un témoignage, en l'espace de quarante-huit heures et à des milliers de milles plus loin sur Terre (je pense au Brésil): des gens disent que ça ressemblait à une cloche, en dessous il y avait de la lumière et un sas noir. Alors, ces gens ne se sont pas téléphonés du Japon au Brésil et pourtant en l'espace de quarante-huit heures... [c'était] le même ovni. Mais il n'y a pas qu'un type de soucoupe volante, tout comme nous n'avons pas qu'un seul modèle d'automobile ou de camion, hein!" [Eh voilà comment de toute façon monsieur Glenn "gagne"!]

        Finalement, s'adressant à une spectatrice qui n'était nul autre que l'épouse de Richard Glenn, Benoît Johnson lui demande: "Et vous, est-ce que vous y croyez aux extraterrestres?" Mme Glenn de répondre: "Je n'en doute pas! Mais je n'y croix pas dans le sens que je l'ai déjà vécu! Ça m'a apporté une sérénité intérieure et un équilibre émotif." [...]
        "Et ils viennent d'où les extraterrestres?", de s'enquérir l'animateur pour le moins étonné. "D'où ils viennent? Ils peuvent venir de partout, de l'intérieur de la Terre comme de l'extérieur de la galaxie. Ce n'est pas cela qui est important. L'important c'est qu'il existe une réalité et non une vérité que l'on peut faire croire à tout le monde ou comme des sectes [telle celle de] M. Vorion ["Raël"] — si je peux dire ceci — qui fait payer le monde pour cela. Ils n'ont pas besoin de place pour atterrir sur la Terre."
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* Il s'agit de François Payotte, un "interprête" de Nostradamus; voir Nostradamus : irakien-là ! et Encore les fausses prophéties de François Payotte.  (Retour au texte)


Débats sur les extraterrestres à Radio-Canada et à Télémétropole

Et si le phénomèn ovni n'était qu'un mythe ?

par Claude Lafleur
Le Québec sceptique #18, mai 1991, p. 14 à 22

        La controverse au sujet des extraterrestres fait rage de plus belle dans les médias, car elle est alimentée par l'actualité (dont l'ovni de la Place Bonaventure et l'atterrissage de Sainte-Marie-de-Monnoir). Deux récentes émissions de télévision ont de surcroît traité de ce sujet, soit Virages diffusée sur les ondes de Radio-Canada le samedi 5 janvier 1991 et Le Match de la Vie retransmis au réseau TVA le mardi 26 février 1991.
        Le débat dans le cadre de Virages a même pris une tournure surprenante puisque l'ensemble des invités (convaincus et sceptiques) s'entendaient pour dire que le phénomène ovni serait en grande partie de nature mythique! Ce Virages a du être un véritable "dérapage" pour l'animateur Jacques Languirand, fortement porté à croire au paranormal...
        Quant à nous, sceptiques, tout cela nous fournit l'occasion de poursuivre notre analyse des arguments "pour et contre" amorcée dans Le Québec sceptique #15 (article précédent).

        Pour les besoins de l'émission Le Match de la Vie, la journaliste responsable du volet ovni, Sophie Thibault, a d'abord interrogé six intervenants (dont moi, durant une heure) pour ensuite en faire une synthèse d'une quinzaine de minutes. Curieusement, plusieurs des questions soulevées lors de l'entrevue trouvaient réponse dans l'émission Virages diffusée sept semaines plus tôt.
        En guise d'introduction, l'animateur Claude Charron a fait valoir que: "Nous ne sommes pas plus avancés depuis quinze ou vingt ans quant à la preuve de l'existence d'une vie extraterrestre. C'est que sont encore très rares les scientifiques qui admettraient être à la recherche de cette preuve, par crainte d'être mis au ban de leur communauté.
        "Quoi qu'on en dise, poursuit-il, les objets volants non identifiés, les ovnis, ont encore mauvaise presse. Et vous-mêmes hésiteriez à vous en ouvrir à votre entourage. On vous expliquerait qu'il s'agit alors d'un phénomène atmosphérique, ou d'un appareil militaire secret, ou d'un ballon-sonde, ou que simplement vos pilules sont trop fortes... Mais théoriquement, il n'existe pas de preuve parce que la Science n'en a pas encore fourni!
        "Et pourtant, affirme monsieur Charron, 70 % des gens se disent convaincu qu'il existe une vie ailleurs que sur leur planète; 45 % estiment que la Terre est l'objet de visites régulières comme nous, les humains, en avons payé un jour à la Lune. Et la proportion des gens qui pourraient affirmer être témoins du passage d'un ovni serait de 15 %. Alors, qu'est-ce que c'est et d'où ça vient ?" conclut l'animateur.
        Voilà une interprétation de la réalité qui contient plusieurs affirmations discutables. Ainsi, si les recherches de vie dans l'univers (par l'entremise de l'exobiologie) apparaissent peu progresser depuis quinze, vingt ans, c'est peut-être parce que les traces n'abondent pas. Quant aux rares scientifiques qui ont assumé le "risque d'être mis au ban de leur communauté" — notamment Allen Hynek et Jacques Vallée — aucun n'a véritablement apporté de preuves de l'existence des "soucoupes volantes". Les ovnis "ont encore mauvaise presse" nous dit Claude Charron et pourtant c'est l'un des thèmes les plus abondamment traités depuis quarante ans... Quant à affirmer qu'"il n'existe pas de preuve parce que la Science n'en a pas encore fourni!", où sont les autres?

Encore des experts qui se contredisent !

        Sophie Thibault amorce son exposé en présentant "la vague belge" qui a sévi de novembre 1989 à juin 1990. "Des centaines de témoins ont vu des ovnis dans le ciel de Belgique, indique-t-elle. Plus de mille observations rapportées à la Société belge d'étude des phénomènes spatiaux."
        Elle poursuit: "Les autorités militaires ont pris la chose au sérieux : le 30 mars, à minuit cinq, des avions F-16 se lancent à la poursuite d'un ovni. L'ovni serait passé de 280 km/h à 1 800 km/h en une seconde pour finalement échapper aux pilotes... Voici les conclusions de l'État Major des forces aériennes belges: Les vitesses mesurées et les changements d'altitude excluent l'hypothèse que les ovnis aient pu être confondus avec des avions. Par ailleurs, on a jamais entendu le bang caractéristique de l'onde de choc. Les hypothèses d'illusions d'optiques, de ballons-sondes, d'une confusion avec les planètes ou de phénomènes météorologiques sont tout à fait improbables."
        Pour présenter le pour et le contre, Mme Thibault juxtapose mes propos à ceux de Jean-Pierre Petit, directeur de recherche au CNRS et président du GESTO (le Groupe belge d'étude scientifique des traces liées au phénomène ovni). J'ai fait valoir l'hypothèse de chasseurs "invisibles" F-117 (hypothèse présentée dans le Science & Vie de juin 1990 et dont on fait écho dans l'article précédent). La journaliste cite ensuite les conclusions de Jean-Pierre Petit: "Aucune machine fabriquée par l'homme ne serait capable d'une telle performance et il ne s'agit pas d'un avion furtif américain."
        Une fois de plus, oO se retrouve devant l'un des noeuds qui caractérisent la controverse ovniologique, c'est-à-dire des opinions opposées d'"experts" devant l'absence de preuves concrètes. C'est ainsi que le débat se poursuit depuis plus de quarante ans sans vraiment évoluer...

À phénomène extraordinaire... explication extraordinaire ?

        Mme Thibault aborde ensuite les traces laissées au sol, notamment celle de Sainte-Marie-de-Monnoir (près de Montréal). Le 20 novembre 1989, plusieurs personnes auraient vu "des lumières étranges dans le ciel — du feu qui court sur les fils électriques", alors que lendemain on découvrait un cercle de vingt mètres de diamètre d'herbe verte au milieu d'un champ desséché.
        Le Match de la Vie nous présenta l'un des principaux témoins, Daniel Galarneau, qui déclare: "On a été réveillé par une lueur dans la maison, une lueur assez forte. Ça éclairait partout dans la maison. Et puis il y avait un bruit style transformateur ou moteur qui forçait. Je me suis levé carré dans le lit et j'ai cru que c'était un problème de fil électrique ou d'électricité. Étant donné que ma petite fille se réveillait souvent ces nuits-là, je me suis tout simplement recouché une fois que cela s'est arrêté."
        L'ufologue François Bourbeau constate qu'une telle trace fournit un élément sur lequel il est possible d'enquêter. "On est capable de connaître le passé du terrain, de s'assurer [qu'il n'y a pas] eu d'engrais. On peut faire des analyses au niveau de la chlorophylle et de l'azote. Or, lorsque vous avez éliminé tout cela, il ne reste vraiment plus beaucoup de causes capables d'expliquer la trace que l'on observe sur le sol."
        M. Bourbeau a ainsi confié des échantillons de sol au département de phytologie de l'Université Laval. Jacques Debroux, le chimiste qui les a analysés, fit ressortir que le niveau de chlorophylle "était dix fois plus élevé au centre du fameux cercle qu'à l'extérieur et que le contenu en protéine était trois fois plus élevé au centre". Sophie Thibault ajoute que le département des sols n'a pu fournir aucune explication scientifique.
        Ainsi se trouve-t-on en présence d'un cas très intéressant. Comment expliquer l'origine de ce cercle?* Le Science & Vie de novembre 1990 (pages 28 à 42) présente un long dossier traitant de plusieurs explications possibles quant aux origines des figures géométriques formées dans les champs de blé un peu partout à travers le monde, notamment en Grande-Bretagne. L'auteur, Thierry Pinvidic, explique de nombreux cas, dont les supercheries qui sont à l'origine de certaines des plus extraordinaires figures géométriques britanniques.
        On pourrait en outre ajouter que le fait qu'aucun scientifique ne puisse expliquer de tels phénomènes ne prouve pas ipso facto que l'on se trouve en présence de manifestations surnaturelles ou extraterrestres. En effet, trouvez-moi un médecin, un chirurgien ou tout autre spécialiste de la santé qui soit capable d'expliquer comment un magicien s'y prend pour scier en deux une personne et la recoller sans, de surcroît, laisser aucune trace! Si votre expert ne possède pas de solides notions de magie, il en sera incapable puisqu'il ne s'agit pas d'un acte médical.
        Ainsi, advenant le cas où physiciens, chimistes, météorologues et autres scientifiques ne soient pas en mesure d'expliquer l'origine du cercle de Sainte-Marie-de-Monnoir, il se pourrait que ce soit parce que l'on ait pas fait appel aux bonnes personnes. (Un détective ne serait-il pas en mesure de mettre en lumière une mise en scène faite par un groupe bien organisé? À moins que vous n'ayez une meilleure idée.) En un mot, avant de conclure à un phénomène extraordinaire, on se doit d'être très prudent.
        C'est d'ailleurs ce que préconise Pierre Chastenay, astronome rattaché au Planétarium Dow. Avant de recourir à une hypothèse extraterrestre pour expliquer "l'inexplicable", on se doit de prendre en considération notre méconnaissance de nombreux phénomènes naturels. "On connaît encore trop mal l'environnement qui nous entoure, souligne-t-il. On a du mal à prévoir la température qu'il va faire dans deux jours! Il y a énormément de choses que l'on connaît mal à propos de l'interaction entre le sol et l'atmosphère terrestre. Donc, je préfère croire qu'il y a des phénomènes physiques et chimiques naturels que l'on comprend mal et qui pourraient expliquer la plupart de ces phénomènes-là plutôt que de faire appel à des ovnis qui, eux, ne reposent sur absolument rien de concret."

Un "ovni" au centre-ville de Montréal

        Mme Thibault évoque par la suite que "Si l'on a aucune preuve de l'existence des ovnis, il reste qu'au moins 5 % de ces observations résistent à l'analyse scientifique. C'est le cas du dossier de l'Hôtel Bonaventure qui date du 7 novembre 1990 — un cas parmi au moins 400 observations québécoises compilées depuis les années cinquante. Plusieurs dizaines de témoins qui l'on vu sont convaincus qu'il s'agissait bel et bien d'un ovni. L'observation a duré plusieurs heures."
       

Personnellement, j'éviterais de classer ce cas parmi les "5 % scientifiquement inexplicables", car j'espère que ces derniers reposent sur des bases plus solides. En effet, les principaux témoins de la Place Bonaventure ne parlent pas de "soucoupe volante" mais d'une mystérieuse lumière présente dans le ciel et dont ils n'ont pas idée de l'origine. Quant aux principaux ovniologues québécois, ils s'entendent pour qualifier ce cas de "phénomène atmosphérique non identifié", car ils hésitent à parler d'un objet réel présent dans le ciel.
       

Il faut dire que cette observation comporte plusieurs contradictions sur des points fondamentaux. Ainsi, j'ai interrogé les deux principaux témoins, sur place, vingt-quatre heures à peine après "l'apparition". Il s'agit d'Albert Sterling, adjoint à la sécurité, et de Line Saint-Pierre, surveillante de la piscine.
        Tous deux rapportent avoir eu amplement le temps de voir l'objet lumineux durant près de trois heures. Or, Mlle Saint-Pierre affirme que l'"ovni" est plus ou moins demeuré fixe au zénith tout au long de la soirée, alors que M. Sterling est formel sur le fait que, en début de soirée (vers 19 heures) l'"ovni" se trouvait plutôt au niveau de l'horizon pour grimpé graduellement et atteindre le zénith vers 21 heures. Tous deux déclarent que l'"objet" ne s'est pas envolé, mais qu'il s'est perdu vers 22 heures dans la couche nuageuse qui devenait de plus en plus dense. Soulignons que ni l'un ni l'autre ne parlent de "soucoupe volante".
        En outre, un pilote d'avion qui réalisait un atterrissage à Dorval au cours de la soirée du 7 novembre prétend avoir aperçu l'objet et estime l'altitude de celui-ci à quelques 8 000 pieds (app. 2,5 kilomètres). Par contre, les policiers appelés sur les lieux ont noté dans leurs rapports que l'"objet" n'était visible que depuis les abords de la Place Bonaventure. D'ailleurs personne d'autre habitant ou travaillant dans les nombreux immeubles situées au centre-ville de Montréal n'a signalé le mystérieux ovni. Or, on peut difficilement expliquer comment un objet lumineux se trouvant à quelques kilomètres d'altitude n'était visible que depuis un périmètre très restreint. (Soulignons que par le passé, l'estimation d'altitude de la part de pilotes professionnels s'est souvent révélée erronée.)
        Autre contradiction étonnante: les rapports officiels faisant état des conditions climatiques indiquent une absence totale d'aurore boréale ce soir-là. Or, un ufologue québécois habitué à observer les aurores boréales affirme catégoriquement en avoir aperçu ce soir-là!
        De telles contradictions rendent évidemment fort difficile l'élaboration d'une hypothèse quelconque. Avant tout, il faudrait déterminer si l'"objet" demeura relativement fixe au zénith, s'il était ou non à haute altitude et quelles étaient les véritables conditions atmosphériques ce soir-là.

Une "nouvelle" contactée québécoise

        Le dernier volet du reportage nous présente le témoignage d'une contactée québécoise. Il s'agit de Roseline Pallascio qui dit avoir été victime d'une rencontre du troisième type le 26 juillet 1966 sur une plage mexicaine. Comme le souligne la journaliste: "Ce n'est que 24 ans plus tard qu'elle décida d'écrire son histoire" (Fille de Mératos)!
        Visiblement encore sous le choc de son expérience — même après 24 ans — Mme Pallascio affirme avoir été amenée à l'intérieur d'un vaisseau: "C'est un choc culturel, une peur... une peur... Pourtant tu sais que tu le vis et ce n'est pas un cauchemar parce que tu peux te toucher."
        Sophie Thibault nous rapporte que "Pendant des années, Roseline a craint de basculer dans la folie. Son contact du troisième type a été une expérience éprouvante qu'elle a dû assumer dans la solitude." Elle enchaîne en notant que "Des centaines de personnes ont vécu des expériences similaires, à tel point qu'un médecin de Toronto, le Dr David Gotlib, parle d'un nouveau phénomène de santé mentale..."
        La journaliste demande alors à Mme Pallascio: "Qu'est-ce que vous répondriez si un spécialiste vous disait: "Elle a rêvé tout cela... elle se croit"? Et celle-ci de répondre (visiblement contrariée): "Ah! si ça peut faire son bonheur, c'est parfait. Mais ce n'est pas lui qui met ma tête sur mon oreiller toutes les nuits et il ne peut rien faire pour moi. C'est correct. Comme les gens qui me disent: "Ça n'existe pas les extraterrestres, voyons-donc!" Moi je les regarde et je me dis "Chanceux! Chanceux! T'es pas au courant. Ça te fait un problème de moins auquel penser.""
        Alain Bouchard, sociologue et historien des religions de l'Université Laval, estime qu'"On est capable aujourd'hui de comparer ces contacts extraterrestres avec ce qui nous était rapporté au Moyen Âge, par exemple, alors que les gens prétendaient avoir rencontré des lutins. Et là, on s'aperçoit que c'est aussi les mêmes constantes qui reviennent, sauf que c'est le monde environnant qui est complètement transformé : alors que les lutins faisaient démonstration de magie, de pouvoirs surnaturels beaucoup plus fantastiques (et là on pense au monde des fées, des lutins et des farfadets), il y a maintenant les extraterrestres qui nous font démonstration de techniques et de technologie. Alors qu'au Moyen Âge le surnaturel s'exprimait par le magie des fées, maintenant il s'exprime dans l'utilisation de la technologie".
        Comme le constate Sophie Thibault, pour ce sociologue, le phénomène extraterrestre peut être analysé comme une croyance religieuse, croyance qui vient apaiser ses adhérents "en peuplant le ciel — vidé de Dieu et de ses anges — de nouvelles divinités".
        Le reportage se termine malheureusement sur une fausse note: les commentaires surprenants de Claude Charron. "Nicolas Copernic est un chamoine polonais, dit-il, un astronome. Il a attendu jusqu'à la dernière année de sa vie pour faire part de sa découverte: les planètes tournent autour du Soleil. Il a attendu parce qu'il avait peur d'être condamné. Et de fait, soixante ans après sa mort, le Pape continuait à nier cette évidence en disant que c'était contraire aux écrits de la Bible. Galilée lui, qui a découvert que la Terre est ronde, a dû renier devant les tribunaux ce dont il avait l'évidence. Alors, si vous croyez que les humains ont changé depuis cinq siècles et que vous êtes en contact avec les extraterrestres, essayez pour voir... Vous risquez de faire un beau tour d'ambulance!"
        Or, dans le cadre de l'émission Virages diffusée à Radio-Canada le 5 janvier, l'astronome Pierre Chastenay a en quelque sorte répondu à M. Charron: "Ce que la science a à dire par rapport à tout ce qui vient d'être raconté, ce n'est pas le message qui est souvent transmis — à savoir que la science ne croit pas aux ovnis, qu'elle les dément... — c'est pas ça du tout.
       

"La méthode scientifique, explique-t-il, est une méthode d'interrogation de la nature qui se base sur un certain nombre de règles, la première étant le caractère répétitif. On ne peut rien dire d'un point de vue scientifique d'un phénomène qui ne se produit qu'une seule fois.

 

Et c'est le grand problème de toutes les observations ovnies: généralement ces phénomènes ne se produisent qu'une seule fois. Est-ce pour cette raison que l'on est obligé de dire que ça n'est pas réel? Je ne suis pas prêt à aller si loin. On ne les explique pas, mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas de la science."

Les "anciens astronautes" de von Däniken

        Les animateurs de Virages, Jacques Languirand et Michaëlle Jean, n'ont pas voulu traiter de l'existence des soucoupes volantes mais plutôt de la fascination qu'exerce sur l'humanité la présence extraterrestre. Pour ce faire, ils avaient convié une brochette d'experts qui en discutèrent durant trois quarts d'heure.
        Le débat a été lancé par la projection d'extraits d'un film montrant les signes de présences extraterrestres tout au long de l'histoire de l'humanité. Que penser alors des dessins, peintures, récits et légendes évoquant des êtres venus du ciel et que l'on constate chez divers peuples anciens?
        Michel Guay, égyptologue et professeur d'histoire à l'UQAM, appele à la prudence devant de telles interprétations: "Nous présumons qu'il s'agit d'une présence extraterrestre à travers les âges parce que c'est notre langage et nos référents. Ce qu'il faut faire pour comprendre un peu les phénomènes de la pensée humaine — la façon dont, par exemple, les Égyptiens imaginaient l'Univers — c'est de pénétrer cette culture, d'en comprendre la psychologie collective, les référents culturels et l'imaginaire. Là, on va se rendre compte que l'on ne parle pas de la même chose".
        D'ailleurs, le film montré est basé sur des idées qui ont été mises de l'avant par Eric von Däniken et Robert Charroux, dans les années soixante. "Ils ont pris pour acquis, relate l'ufologue Christian Page, que ceux qui vivaient dans l'Antiquité étaient des naïfs, des gens qui ne connaissaient rien et qui étaient des idiots... Incapables de bâtir quoi que ce soit, ils devaient donc obligatoirement avoir eu une relation avec des êtres venus du ciel pour réaliser ces constructions."
        Pierre Chastenay constate que l'on est malheureusement très paternaliste envers les cultures différentes des nôtres. Michel Guay rapporte même que ces étudiants lui posent des questions du genre "est-ce vrai qu'il y a eu des extraterrestres pour aider les Égyptiens à bâtir les Pyramides?" "Je suis au mois de novembre 1990 et on me pose cette question-là, naïvement, mais quand même! Alors, on se rend compte à quel point un mythe perdure à travers le temps... à la limite, si j'avais cela comme mandat, je pourrais trouver des ovnis partout à travers l'Univers!"
        Pour Claude Thompson, psychothérapeute et auteur de Psychologie et ovni: "On se pense plus intelligent que l'homme du Moyen Âge ou que l'homme antique quand, en fait, on n'est pas plus intelligent que lui. On est plus technique, ce n'est pas pareil, c'est très différent."

Une interprétation de la réalité

        Pour expliquer comment nos ancêtres auraient pu imaginer ce que l'on considère nous comme la présence d'extraterrestres,

Thompson soutient qu'"Il y a une bonne part du matériel qui vient de projection du contenu de l'inconscient.

La seule compréhension dont soit capable un primitif c'est par projection de ces contenus-là. Il ne peut pas imaginer que l'interprétation vient de lui. Alors il la colore toujours d'images et d'idées qu'il se fait de la réalité."
        "Est-ce que l'on suppose au départ que cet être-là voyait un objet ou s'il pourrait le créer?" demande Jacques Languirand.
       

"Il voit l'objet, ou il voit quelque chose, répond Thompson, mais il l'interprète à sa façon et il lui attribue des contenus qui ne sont pas nécessairement ceux-là. Ainsi, si l'objet lui fait peur, il va lui attribuer un contenu de danger et va élaborer tout une mythique autour de l'objet." [Serait-ce le cas de Mme Pallascio?]
       

"Comment tout cela s'applique-t-il à notre époque? poursuit l'animateur. Ceux qui disent avoir vu un objet volant non identifié, vous l'expliquez comment d'un point de vue mythique?"
       

"On est à une époque où volent beaucoup de choses, constate le psychothérapeute. Il y a beaucoup de manifestations, toute une science-fiction, toute une création faites autour de cela.

À ce moment-là, il y a facilement projection de contenus de l'inconscient collectif directement en rapport avec des instincts fondamentaux qui sont menacés à notre époque,

comme par exemple l'instinct religieux... Il y a aussi l'instinct de conservation, parce que l'on se sent menacé. De sorte qu'il y a toute une mythique autour de phénomènes ovnis qui est axée sur les Sauveteurs. Il y a aussi l'instinct de puissance, de capacité de se réaliser, de ne pas être passé au rouleau compresseur de la norme : "ces gens-là sont puissants alors que nous, nous ne le sommes pas...""
       

"Oui, mais Claude Thompson, les gens qui disent avoir vu quelque chose, l'auraient-ils donc collectivement ou individuellement interprété ou créé?" de s'exclamer Languirand.

Et l'interpellé de répondre : "Absolument!"
       

Pierre Chastenay vient corroborer ces propos en citant l'exemple de Robur le Conquérant, roman de Jules Verne dans lequel un savant fou conquert le monde du haut d'un dirigeable. "Quelques années après [la parution de l'ouvrage], on s'est mis à avoir des descriptions d'objets volants non identifiés qui avaient la forme de ce dirigeable... Ces gens auraient apparemment vu une réalité objective — ils ont vu quelque chose — mais l'interprétation qu'ils en ont fait était basée sur la culture moyenne environnante."
        "C'est la psychologie particulière de ce que l'on appelle la rumeur, enchaîne Thompson. La rumeur crée une visualisation incroyable à l'intérieur d'un même groupe. Ainsi, on a créé de toute pièce une rumeur dans un village d'Europe avec un faux décors d'atterrissage d'ovnis. Il y avait des micros et des caméras. C'était impressionnant, les gens ont été impressionnés. On a dit : "Il y a eu un débarquement la nuit dernière, avez-vous vu quelque chose?" Il y a eu une série incroyable de témoignages : "J'ai vu des petits bonshommes. J'ai vu un gros vaisseau de toutes les couleurs..."!"
        Selon Page: "Dans le domaine des ovnis, il y a une réalité objective et il y a une réalité subjective. Le problème, c'est que tout ce que l'on raconte à propos des ovnis et tout ce côté extraordinaire du phénomène ovni se puise directement dans ce 90 % de réalité subjective que les gens ont créé autour d'observations de phénomènes réels. Mais ces phénomènes étaient-ils d'ordre naturel ou surnaturel? Ça c'est un autre domaine. Le problème c'est que le phénomène ovni tire lui-même ces racines directement de ce que les gens racontent... Ce qu'ils rapportent est une réalité subjective et non pas nécessairement la rigueur objective de ce qu'ils ont observé."
        Toutefois François Bourbeau, confrère de Page, sent le besoin de faire une mise en garde: "Je pense que l'on est en train de faire l'erreur des "universaux": on essaie d'expliquer un problème avec une seu-le loi. C'est vrai qu'il y a très certainement de la psychologie dans le problème des ovnis. Il y a très certainement aussi de la gérontologie, de la météorologie, de l'astronomie, de la physique, de la mathématique... Il y a de tout dans le problème ovni."
        Pour lui, le phénomène ovni repose sur une réalité dont on explique mal la nature, comme ce fut longtemps le cas avec les comètes: "Au XVIIe siècle, les Anciens voyaient dans le ciel "l'épée de Dieu ensanglantée qui transperçait les nuages". Ça c'est le phénomène sociologique. Deux cents ans plus tard, les astronomes professionnels ont découvert qu'une comète passait effectivement dans le ciel européen au XVIIe siècle. Ça c'est le phénomène physique. Je pense qu'aujourd'hui, il y a un phénomène sociologique qui s'installe: celui de croire que les objets que nous observons ont une origine exclusivement extraterrestre."
        Il souligne, à juste titre, qu'il y a une réalité inexpliquée: "Le phénomène physique laisse des traces. L'objet touche le sol, l'influence, le transforme à vie [et vient donc] mettre du poids sur la qualité des témoignages. On est capable, dans la mesure où l'on peut mesurer tout cela, de voir si l'ensemble des témoins corroborent en quelque sorte ce que l'on observe sur le sol. Et là ça prend une toute autre problématique."
        Pour Claude Thompson: "Il ne faut pas perdre de vue que tout mythe s'édifie toujours à partir d'une réalité. Le mythe vient toujours d'une réalité de quelque ordre que ce soit. Or, dans le phénomène ovni, il y a une partie réelle indéniable et indubitable. Il y a une partie matérielle que personne ne remet en question : les traces sont là, les marques sont là... Ce qui est intéressant, c'est ce que nous en faisons : pourquoi l'interprétons-nous comme cela? "
        Quant à Michel Guay, il n'éprouve aucune difficulté à vivre avec des "phénomènes mesurables en partie non expliqués". "C'est vrai pour le domaine dit des "phénomènes paranormaux", extraterrestres ou autres, mais c'est aussi vrai en médecine, en astronomie et dans tous les domaines... Face à des phénomènes complexes, on imagine souvent toute sorte d'explications: ça va être Dieu pendant un bout de temps, ça va être un extraterrestre pendant un autre bout de temps, ça va être l'éther qui entoure l'Univers, etc. Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'"inexpliqué" n'a pas besoin d'entrer dans le cadre de la mystique.
        "Pourquoi ne pas garder quelque part un doute serein? Ils sont là les faits, observons-les! Ce que l'on ne connaît pas, essayons d'aller plus loin, mais il n'est pas nécessaire d'inventer toute une mystique pour essayer de les expliquer."
        Jacques Languirand aurait apparemment résumé l'opinion des participants en ces termes: "Donc, il y a un phénomène qui serait réel, avec une manifestation de nature physique et une interprétation d'ordre psychique qui est de nature mythique et qui déboucherait vers un phénomène sociologique! Quand je dis qu'il y a quelque chose au départ de nature physique, je n'ai pas dit "soucoupe volante" bien sûr. Ça pourrait être un nuage, par exemple, pour plaire à tout le monde sur ce plateau..."
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Quelques commentaires au sujet
du "cas" Jean-Pierre Petit

par Claude Lafleur
Le Québec sceptique #20, janvier 1992, p. 11-12

        Au début de novembre dernier [1991], le Québec a vécu l'ouragan "Jean-Pierre Petit". Ce chercheur français affirme détenir la preuve que les extraterrestres sont parmi nous. Selon lui, en effet, des êtres apparemment venus de la planète UMMO (située à quinze années-lumières de la Terre) nous donneraient des "informations scientifiques d'une telle précision et d'une telle nouveauté que l'idée même d'un canular ne tient pas".
        Jean-Pierre Petit est directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique de France. C'est un spécialiste de la magnéto-hydrodynamique et il a réalisé un certain nombre de travaux touchant l'astrophysique. Il est également l'auteur de deux ouvrages sur le phénomène ET: Enquête sur les OVNI et Enquête sur des extraterrestres qui sont déjà parmi nous.
        En plus d'avoir entendu bon nombre de ces interventions médiatiques, j'ai assisté à l'une de ses conférences publiques données sous l'égide de Richard Glenn (celle du samedi après-midi 9 novembre). D'ailleurs, celui-ci a eu tôt fait de me reconnaître et d'annoncer ma présence à l'assistance composée à 80 % de fidèles auditeurs de Ésotérisme expérimental! Imaginez: le vice-président des Sceptiques dans la "fosse aux lions"... Le tout s'est fort heureusement bien passé grâce notamment à la courtoisie de l'hôte.
        Le dossier "Petit" mérite une attention particulière puisque, pour l'une des rares fois, un homme de science clame avoir une "preuve" impliquant l'intervention d'extraterrestres. Cette preuve est toutefois circonstancielle puisque Jean-Pierre Petit affirme que ses travaux personnels, reconnus d'ailleurs par la communauté scientifique, tirent leurs fondements de documents faisant état de connaissances hors de notre porté.
        La "preuve" qu'apporte ce chercheur a donc trait à la qualité des informations scientifiques transmises par les Ummites et celle-ci ne peut être évaluée que par des spécialistes à la fine pointe des domaines évoqués (notamment en relativité et en cosmologie). Évidemment, pour établir la validité d'une telle argumentation, il nous faudra consulter de tels experts, de sorte que nous entrevoyons revenir sur ce dossier dans un prochain Québec sceptique.
        Pour l'heure, je me contenterai de vous faire parts de mes toutes premières impressions (qui sont sujettes à caution) ainsi que de quelques aspects qui "troublent" ce dossier :
        1°) Précisons immédiatement que Jean-Pierre Petit est un authentique homme de science, articulé et qui n'a rien d'un farfelu. L'ensemble de ses propos sont à première vue sensés. Néanmoins, il fait parfois des affirmations scientifiques grossièrement erronées. Ainsi, par exemple, il invoque que toute vie dans l'Univers serait basée sur la chimie du carbone (ce qui est fort probable) mais que cette chimie interdirait la possibilité de l'existence d'êtres technologiquement évolués ayant une apparence très différente de la nôtre (par exemple des pieuvres intelligentes). Or, à l'évidence même, la chimie du carbone n'interdît aucunement le développement de grande variété de formes de vie comme en témoigne d'ailleurs la diversité extraordinaire de la vie terrestre.
        2°) L'origine des documents ummites dans lesquels le chercheur aurait puisé ses connaissances est quant à elle plus que suspecte. En effet, le cas "ummite" est bien connu de la communauté ufologue depuis plus de vingt ans. Ces documents proviennent d'une "fillère espagnole" qui a perdu toute crédibilité pour avoir produit quantité de fausses informations, de photos truqués, d'histoires inventées de toute pièce, etc. (Nous vous en reparlerons éventuellement.) Or il est troublant de constater que Jean-Pierre Petit se garde bien de faire état de ce passé douteux.
        3°) Malgré les preuves "scientifiques" dont il dispose, Jean-Pierre Petit n'a apparemment pas réussi à convaincre ses confrères de la communauté scientifique française. (D'ailleurs une bonne part de son exposé était consacré à dénigrer ceux-ci!) Quant aux chercheurs canadiens, il n'a même pas tenté de les contacter préalablement àsa venue ici. Lors des nombreuses entrevues médiatiques, il les a plutôt convié à venir le "confronter" dans l'arène publique! Drôle de façon de procéder pour quelqu'un qui chercherait à convaincre qui que ce soit. De surcroît, en tant qu'homme de science, J.-P. Petit ne peut ignorer que ce n'est pas là la façon de faire évoluer un dossier scientifique.
        4°) De toute évidence, Jean-Pierre Petit est venu faire la promotion de son plus récent ouvrage et non pas nous présenter une preuve scientifique. Il est troublant — pour ne pas dire dommage — qu'il ait préféré soulever une controverse publique plutôt que de soumettre sa "preuve" à des spécialistes compétents. On s'étonnera par la suite de le voir dénoncer ses confrères qui le fuient!
        Heureusement pour nous, monsieur Petit affirme que l'essentiel de sa preuve est inscrite dans ses deux ouvrages. Donc, tout scientifique désireux d'évaluer le bien fondé de ses affirmations devrait y trouver ce dont il a besoin. "Tout y est, m'a-t-il précisé, je n'ai pas d'autres documents à soumettre aux scientifiques". Reste donc à vérifier si ses deux volumes contiennent enfin  la preuve de la présence des extraterrestres parmi nous.

Attention, les limites de la vitesse de la lumière demeurent en vigueur

        Dans son exposé, Jean-Pierre Petit évoqua que les Ummites auraient la capacité de voyager au sein de l'Univers sans se soucier des limites imposées par la vitesse de la lumière. Évidemment, de tels propos réjouirent grandement Richard Glenn qui en tira d'ailleurs la conclusion suivante :
        "Alors voilà, ça ce sont des arguments que les ufologues pourront utiliser contre les sceptiques en disant: "Écoutez les sceptiques, quand vous nous dites que cela ne ce peut pas parce que c'est trop loin", on vous répondra — et sachez que cela va revenir très souvent sur le tapis — on vous répondra tout simplement que monsieur Jean-Pierre Petit, astrophysicien/directeur de recherche au CNRS, nous a prouvé sans l'ombre d'un doute — car qui a osé mettre en doute les travaux de Petit? Personne! — donc on pourra dire sans l'ombre d'un doute que ces êtres peuvent venir de très loin du confins de l'Univers sans que l'on pense à la vitesse de la lumière et à tant et tant et tans d'années... Donc l'argument ne tiendra plus dans un débat avec les sceptiques. Et si vous avez quelque chose à dire à ça, il est ici..."
        Avant même que je n'ai eu le temps de réagir, Jean-Pierre Petit corrigea lui-même cette interprétatio : "Non, ce n'est pas absolue, c'est-à-dire que..." puis il se lança dans une explication subtile. Retenez toutefois simplement que si vous entendez Glenn réémettre ce genre d'énoncés, sachez que même le "grand savant français" n'est pas d'accord.

Post scriptum: "Les ovnis, ça existe", foi de Sceptique!
    À la toute fin de l'assemblée publique à laquelle j'ai assisté, une dame est venue me questionner : "Vous, vous ne croyez pas aux ovnis?" Je lui ai répondu: "Non, je n'y crois pas madame parce que les ovnis, ça existent!" Elle demeura bouche-bée jusqu'à ce que je lui explique que dès l'instant où l'on considère que les ovnis sont des "objets" volants non identifiés, il devient alors plausible de voir quelque chose dans le ciel sans être en mesure de définir sa nature. "Moi-même, je puis très bien voir un ovni, c'est-à-dire quelque chose dont j'ignore la nature, mais de là à conclure qu'il s'agit d'une "soucoupe volante" venant d'un autre monde, il y a là un fossé qu'il ne faut pas franchir allégrement." Nuances.


Comment naît et se développe une croyance

"Bien sûr que je crois aux soucoupes volan-
tes... puisque j'ai moi-même vu un ovni !"

par Claude Lafleur
Le Québec sceptique #23, septembre 1992, p. 36

        Au cours d'une entrevue accordée à Richard Glenn, l'astrologue Huguette Hirsig* a avoué croire à la présence d'extraterrestres puisqu'elle aurait elle-même observé une soucoupe volante. Le récit de cette astrologue nous procure un bel exemple de la manière par laquelle le cerveau humain bâtit une croyance. Lisez son récit attentivement:

        Je crois fortement aux extraterrestres pour la bonne raison que j'ai vu une soucoupe volante au moment où l'on en parlait pas du tout (c'est-à-dire en 1941), déclare Mme Hirsig. Nous étions, mon mari et moi, en train de descendre un chemin — c'était l'obscurité totale puisque nous étions en Europe [au moment de la guerre].
        Tout d'un coup, on voit une énorme pleine lune verte devant nous. Et nous avions avec nous le chien militaire de mon mari, qui n'avait peur de rien. Or, il s'est couché, immobilisé... et nous aussi avons été immobilisés pendant à peu près... une ou deux minutes. Et ensuite, cette grosse boule phosphorescente est repartie en l'air, sans bruit, sans rien. Et on s'est dit "Tiens, une météorite!" Vous savez, quand on voit quelque chose dont on a jamais entendu parler, c'est tellement extraordinaire qu'on est resté stupéfait. On s'est dit "Tiens une météorite" sans penser qu'une météorite ne pouvait pas remonter en l'air. Hein!
        Et ce n'est qu'après, au bout de quelques années (quand on a commencé à entendre parler des soucoupes volantes), qu'on s'est dit "Bon, on a vu une soucoupe volante". Et à ce moment-là, nous avons rencontré une jeune femme qui faisait partie des troupes anti-aériennes en Suisse [et qui travaillait à l'époque dans un observatoire astronomique]. Elle nous a dit que pendant la guerre il y avait eu des quantités énormes d'objets volants non identifiés. Par la suite, nous avons été en contact avec des savants qui travaillaient ici et aux États-Unis; ils nous ont confirmé la réalité de ces phénomènes bien que l'on ne puisse pas leur donner de nom et dire qu'est-ce qu'on a vu. Je n'ai pas vu d'extraterrestres, j'ai vu un objet volant non identifié, point. Mais je crois profondément à une vie en dehors de la Terre. Ça ne fait aucun doute !"

        Comme le font fréquemment la plupart des gens, Mme Hirsig confond allégrement soucoupes volantes d'origine extraterrestre et objet volant non identifié. Constatez par ailleurs comment les propos d'"experts" viennent en apparence confirmer sa croyance. Quant à la conclusion de Mme Hirsig, n'est-elle pas merveilleuse: "Je n'ai pas vu d'extraterrestres [exact], j'ai vu un objet volant non identifié, point [très juste]. Mais je crois profondément à une vie en dehors de la Terre. Ça ne fait aucun doute!".
        Imaginez-vous tentant de convaincre un témoin qui fait des nuances aussi contradictoires que l'on ne dispose d'aucune preuve de la présence d'extraterrestres parmi nous.
 


Dossier: "Pour en finir avec Roswell"

Comment une histoire de ballon grossit
jusqu'à se dégonfler d'elle-même

Compilé et traduit par Claude Lafleur
d'après Philip Klass, Robert Sbeaffer et Marc Hallet
Le Québec sceptique #32/33, hiver-printemps 1995, p. 55 à 59

        Les histoires de soucoupes volantes remontent à près de cinquante ans maintenant. La première date en effet de juin 1947: le pilote privé Kenneth Arnold rapportait avoir vu "une escadrille de triangles volants qui se déplaçaient à la manière de soucoupes bondissant à la surface de l'eau" (selon ses propres dires, Arnold n'a donc pas vu des "soucoupes volantes"). Un deuxième cas d'ovni est survenu quelques semaines plus tard: cette fois, un "disque volant" se serait écrasé aux environs de Roswell, au Nouveau-Mexique.
        Curieusement, ce second cas n'a presque pas retenu l'attention des ufologues au cours des années cinquante, soixante et soixante-dix. Ce n'est qu'en 1980, avec la parution de l'ouvrage The Roswell Incident, de William Moore et Charles Berlitz (ce dernier étant le créateur, littéralement, de la légende du Triangle des Bermudes) que l'"Affaire Roswell" a fait véritablement son apparition. Depuis, elle a défrayé la chronique ufologique, particulièrement ces dernières années avec la parution d'ouvrages se contredisant les uns les autres.
        L'"Affaire Roswell" illustre d'ailleurs assez bien l'état actuel de la controverse au sujet des ovnis: plus le temps passe, plus le cas se complique, grossit, devient de plus en plus m ystérieux... alors que la réalité est pourtant toute simple.
        Ci-après, nous vous présentons un dossier en six volets qui montre certaines facettes de l'histoire. Vous y trouverez plusieurs des caractéristiques des "authentiques histoires de soucoupes volantes" (dont des mauvaises interprétations, une certaine complexité et de nombreuses contradictions). Mais, rassurez-vous, le tout se termine bien... ou plutôt clairement.

1 — Le récit de Mac Brazel

        Rappelons d'abord la chronologie des événements, telle que donnée par le rancher Mac Brazel, qui a découvert les débris à l'origine de l'"Affaire Roswell".
        Brazel a été interviewé dans les bureaux du Roswell Daily Record mardi soir le 8 juillet 1947, et l'article en résultant a été publié dans l'édition du lendemain. On y lit notamment

... Brazel rapporte que le 14 juin, lui et Vernon, son garçon de 8 ans, se trouvaient à environ 10 ou 12 kilomètres de la maison de ferme du ranch de J.B. Foster (que gère Brazel), lorsqu'ils sont tombés sur une étendue de débrisfaits de bandes de caoutchouc, de papier métallique, de papier cartonné et de bâtons.

À ce moment-là, Brazel est pressé de terminer sa ronde et il ne prête guère d'intérêt aux débris. Mais il en garde tout de même le souvenir et, le 4 juillet, lui, son épouse, Vernon et sa fille Betty (âgée de 14 ans) retournent sur les lieux où ils ramassent bon nombre de pièces. Le jour suivant, [Brazel] entend parler des soucoupes volantes [observées par Kenneth Arnold] et il se demande si ce qu'il a trouvé ne pourrait pas être les débris de l'une d'elles.

Lundi [7 juillet], Brazel se rend à la ville [de Roswell] pour vendre de la laine. Il en profite pour rencontrer le shérif George Wilcox et lui "murmure sur un ton quasi confidentiel" qu'il a peut-être trouvé un disque volant. Wilcox contacte alors le Roswell Army Air Field.

Le major Jesse A. Marcel et un homme en tenue sobre accompagnent [Brazel] jusqu'au ranch; là, ils ramassent les débris du "disque" puis retournent à la maison deferme afin de tenter de reconstituer l'objet... Finalement, le major Marcel emporte le tout à Roswell ...

2 — Les faits sur lesquels tous s'entendent... ou presque

        Personne ne conteste le fait que le major Jesse Marcel ait visité le ranch de Mac Brazel pour récupérer les débris que ce dernier avait trouvés. On ne conteste pas non plus que le 8 juillet, Marcel ait expédié ces débris aux quartiers généraux de l'Arany Air Force à Fort Worth et qu'ils y ont été examinés par le commandant de la base, Roger Ramsey.
        Nous connaissons sept photos différentes qui ont été prises dans les bureaux du général Ramsey en fin d'après-midi ou au début de la soirée du 8 juillet 1947. Ces débris provenaient des restes d'une cibleradar transportée dans les airs par un ballon-sonde — tel que l'avait d'ailleurs annoncé Rainsey lui-même. À cette époque, de telles cibles étaient construites à partir de bâtons de balsa et de papier-carton sur lequel on fixait des feuilles d'aluminium qui servaient à refléchir les ondes radar.
        Nous disposons également d'informations fiables, remontant au 8 juillet, qui indiquent que les débris photographiés sont ceux provenant du ranch de Brazel. Leur apparence correspond en effet à la description faite par ce dernier au cours de l'entrevue qu'il a accordée en fin d'après-midi au Roswell Daily Record le 8 juillet.
        En fait, Brazel a été interviewé à peu près au même moment où les photos étaient prises, à plusieurs centaines de kilomètres de distance, et il ne pouvait donc absolument pas savoir qu'on était en train de photographier ce qu'il décrivait si bien.
        Et pourtant...

3 — Les origines du mythe ?

        En mars 1950, à l'Université de Denver, se produisit un incident qui allait bientôt déboucher sur la plus étonnante fraude ufologique qui fut.
        Dans une classe où l'on avait l'habitude de débattre de sujets scientifiques divers, un étudiant suggéra que l'on invita une personne qu'il connaissait et qui se prétendait experte en ovnis. Le principe fut accepté et, au préalable, étudiants et professeur établirent les critères grâce auxquels on jugerait de la valeur scienfifique de l'exposé que 1'ufologue présenterait.
        Cet ufologue, un certain George Koehler, fut contacté, mais il se désista au profit d'une autre personne: un "expert" diplômé d'une université européenne. Chose curieuse, cet "expert" désira rester anonyme. Bien que ce fut là une demande très inhabituelle, on accepta. Le jour de la conférence, le dénommé Koehler introduisit l'anonyme qu'on désigna sous le pseudonyme de Newton.
        Le sujet de la conférence étant particulièrement nouveau et "chaud", avec l'accord de leur professeur, les étudiants avaient invité parents et amis. La salle était donc remplie d'une foule pour le moins hétéroclite.
        "Newton" parla de façon assurée en développant un sujet presque unique: des soucoupes volantes s'étaient écrasées au Nouveau-Mexique et leur agencement ainsi que leurs occupants avaient pu être étudiés dans le plus grand secrel
        La conférence touchait à sa fin quand Koehler interrompit l'orateur et lui dit "Nous devons partir maintenant sinon vous raterez votre avion." Après quelques courtes formules de politesse, "Newton" s'éclipsa et les deux hommes démarrèrent promptement dans une voiture qui fila à toute allure.
        Les "révélations" du conférencier avaient été stupéfiantes. Déjà, des gens convaincus quittaient la salle, sans attendre davantage, pour aller raconter cela à leurs voisins et amis. Le téléphone commença bientôt à sonner à l'Université: des journalistes demandaient des précisions.
        Dans la salle de conférence, les étudiants et leur professeur étaient très mécontents. Aucune question n'avait pu être posée et l'exposé leur était apparu fumeux et d'un contenu technique fort médiocre. Enfin, un étudiant pu faire savoir qu'il avait reconnu l'expert anonyme: c'était un certain Silas Newton qui passait pour faire de la prospection dans le domaine du pétrole.
        Sous la plume des journalistes, dans les journaux du lendemain, le prospecteur était devenu "un savant éminent" qui avait en quelque sorte lancé un ballon d'essai pour préparer le public à une fantastique nouvelle que les autorités ne tarderaient pas à confirmer.
        Des journalistes retrouvèrent Silas Newton et l'invitèrent à en dire davantage, ce dont ce dernier ne se priva pas. Or, plus il parlait et plus ce qu'il disait apparaissait totalement dépourvu de valeur scientifique.

        Six mois plus tard, un certain Frank Seully, qui jusque-là n'avait encore écrit que des livres légers, publia Behind the Flying Saucers. L'ouvrage parut à la fois chez Holt à New York et chez Gollanz à Londres. L'auteur y développait longuement les affirmations de Silas Newton et insistait fort sur leur caractère sérieux et secret. Ce livre remporta un énorme succès. Ce fut le premier ouvrage prétendument sérieux qui fut consacré entièrement au mystère des soucoupes volantes.
        Et c'était un énorme canular
        Au fil des interviews et à travers le livre de Scully, Newton s'était enhardi: il avait parlé d'un certain Dr Gee et avait même confié des fragments de soucoupes à des journalistes, fragments qui se révélèrent être faits d'aluminium banal.
        On retrouva également le "Dr Gee". C'était un vendeur de pièces de radio et TV qui s'appelait Leo A. GeBauer. Il fut établi qu'il connaissait Scully et Newton de longue date et que le trio n'avait rien fait d'autre que monter une énorme plaisanterie. GeBauer et Newton n'en étaient d'ailleurs pas à leur coup d'essai: en décembre 1952, ils furent enfin condamnés pour diverses escroqueries relatives à la vente d'appareils qu'ils prétendaient capables de détecter du pétrole.
        Dès le lendemain de la conférence du "psetido-Newton", des rumeurs se répandirent comme quoi, réellement, des soucoupes s'étaient écrasées au Nouveau-Mexique. De nouveaux "témoins" corroborèrent les affirmations du "savant" et, bien sûr, en ajoutèrent de plus extraordinaires. Cette farce n'a pas cessé, depuis, de refaire périodiquement surface sous diverses formes. Une vaste littérature y est consacrée et certains croient à tout cela dur comme fer, inconscients de ce que semblables événements auraient eu comme implications. Rien qu'au point de vue scienfifique, l'examen d'un vaisseau extraterrestre permettrait un bond tel dans nos connaissances que cela ne saurait demeurer caché très longtemps.

4 — Trois récits différents d'écrasements

        Quelques décennies plus tard, trois récits différents de l'"Affaire Roswell" sont publiés dans autant d'ouvrages.
        Ainsi, dans The Roswell Incident (1980), William Moore et Charles Berlitz prétendent qu'une soucoupe volante s'est écrasée dans le ranch de Mac Brazel, mais aucun des principaux témoins interviewés ne mentionne la présence d'extraterrestres.
        Par contre, les auteurs relatent qu'un certain Barney Barnett (décédé depuis) aurait confié à un ami avoir découvert, en 1947, les débris d'une soucoupe avec quatre cadavres à bord. Un autre ami de Bamett indique que le site de l'écrasement se situait sur les plaines de San Augustin, aux environs de Socorro — soit à plus de 250 kilomètres à l'ouest du ranch de Brazel.
        D'autre part, Kevin Randle et Don Schmitt, dans leur ouvrage UFO Crash at Roswell (1991), affirment qu'une soucoupe volante et quatre extraterrestres ont été découverts près de l'endroit où Brazel a trouvé les débris. Plusieurs témoins pourraient corroborer ces affirinations, disent-ils.
        En outre, Stanton Friedman et Don Berliner, dans Crash at Corona (1992), parlent plutôt de l'écrasement de deux soucoupes volantes, possiblement à la suite d'une collision aérienne. L'une se serait désintégrée au-dessus du ranch de Brazel, alors que l'autre aurait franchi 250 kilomètres avant de s'écraser sur les plaines de San Augustin. Selon les auteurs, sept cadavres d'extraterrestres auraient été récupérés ainsi qu'un survivant.
        Leurs prétentions ne reposent que sur un témoin, Gerald Anderson, qui n'avait que cinq ans au moment des événements. Malheureusement — ou commodément —, les membres de la famille de celui-ci, qui auraient pu corroborer ses dires, sont tous décédés ...

5 — Une histoire qui grossit, grossit, grossit..

        L'année dernière [1994], Kevin Randle et Don Schmitt récidivent avec la publication de l'ouvrage The Truth About The UFO Crash At Roswell... qui propose, bien sûr, un nouveau scénario! Après l'avoir lu, Philip Klass ne peut s'empêcher de commenter

Si le nouveau scénario d'écrasement d'une soucoupe volante à Roswell proposé par Kevin Randle et Don Schmitt est véridique, à peu près tout ce que vous avez lu à ce sujet (incluant leur premier ouvragé) est erroné! Ne jetez outefois pas celui-ci, car il est intéressant de comparer différentes affirmations faites dans les deux ouvrages...

        Ainsi, dans le premier — UFO Crash at Roswell —, on affirme que Brazel a découvert les débris le 3 juillet, ce qui devient le 5 juillet dans le second (alors que Brazel, lui-niôme, parle du 14 juin).
        De surcrccit, selon Jim Ragsdale, l'un des nouveaux "témoins de première main" de Randle et Schmitt, la soucoupe volante s'est écrasée peu avant minuit le vendredi 4 juillet, mais non pas dans le ranch de Brazel près de Corona, comme on l'affirme dans le premier livre, mais à quelques 60 kilomètres plus au sud.
        Ragsdale raconte que son amie et lui campaient alors dans le désert, malgré le danger posé par la présence de serpents. Explorant les alentours, ils ont fini par découvrir un ravin dans lequel ils ont vu un appareil écrasé. Ils auraient pensé sur le coup qu'il s'agissait d'un avion. Cependant, à cause des batteries faiblissantes de leur lampe de poche — toujours selon Ragsdale —, le couple ne s'est pas approché davantage, retournant plutôt au campement. (Apparemment, ni l'un ni l'autre n'a songé se rendre à Roswell pour rapporter l'écrasement et, surtout, pour demander l'envoi de secours.) Le lendemain matin, le couple est revenu sur les lieux de l'écrasement, où il devait découvrir alors des "corps" — toutefois, Ragsdale ne précise pas combien.
        Randle et Schmitt rapportent en outre, à la page 6 de leur second ouvrage, qu'un groupe d'archéologues dirigé par le Dr W. Curry Holden "est tombé sur le site [de l'écrasement] à l'aube du 5 juillet". Bizarrement, Ragsdale ne rapporte pas avoir vu les archéologues, alors qu'Holden se rappelle avoir observé Ragsdale et son amie.
        Ce n'est qu'à la page 108 que Randle et Schmitt nous préviennent que ce nouveau témoin était âgé de 96 ans lorsqu'ils l'ont interviewé en 1992. "Holden a affirmé avoir été présent, écrivent-ils. Il ne pouvait se rappeler quoi que ce soit d'autre, hormis le fait qu'il était là et qu'il a tout vu ... " Plus tard, son épouse et sa fille ont affirmé que le vieil homme est facile à troubler, qu'il mélange et réarrange les souvenirs de sa vie et qu'il ne leur a jamais mentionné sa présence sur le lieu de l'écrasement de la soucoupe volante.
        De son côté, Ragsdale prétend que peu après l'aube du 5 juillet, un fort contingent de militaires est arrivé sur les lieux et a rapidement dressé un périmètre de sécurité. Sous la direction du major Edwin Easley (décédé depuis), "tout accès au site d'impact, et surtout aux abords immédiats de l'aire où l'objet s'était écrasé, a été limité à ceux qui disposaient des plus hautes autorisations et qui devaient absolument être là". Ragsdale affirme qu'aucun militaire ne l'a aperçu (ni son amie ni même sa jeep) dans une région pourtant désertique.
        D'autre part, Mlle Frankie Rowe, que Randle et Schmitt présentent (à tort) comme un "témoin de première main", affime que son défunt père, un pompier, s'est rendu au site d'écrasement après avoir reçu un appel du shérif Wilcox. Sur place, il a été rejoint par des policiers de la ville et de l'État. Selon elle, son père a non seulement été suffisamment près pour voir l'appareil, mais il a aussi vu le corps des extraterrestres.
        Plusieurs années plus tard, toujours selon Rowe, un entrepreneur de la région a affirmé à son père qu'il était, au cours de l'après-midi du 5 juillet, en train de peinturer à l'hôpital de la base militaire quand il a vu un extraterrestre y entrer de lui-même... sans être escorté
        Conséquemment, selon le nouveau scénario de Randle et Schmitt, à midi le samedi 5 juillet, plusieurs civils de Rosweil et des douzaines de militaires qui ont participé aux opérations de récupération étaient au courant de l'écrasement d'une soucoupe volante à seulement cinquante kilomètres au nord-ouest de la ville. Pourtant, personne n'a apparemment alerté le responsable des renseignements de la base militaire (le major Jessé Marcel), ni même le commandant de la base (le colonel Wüliam Blanchard).
        En effet, lorsque deux jours plus tard le rancher Mac Brazel se présente aux bureaux du shérif Wilcox pour parler des curieux débris qu'il avait trouvés, celui-ci a appelé Marcel... qui s'est alors imposé trois heures de route pour venir jusqu'au ranch y récupérer quelques débris
        Étrangement, Marcel, qui était jusqu'à présent le principal témoin dans tous les récits concernant l'"Affaire Roswell", devient, dans le nouveau scénario de Randle et Schmitt, une figure secondaire. Bien que cet ouvrage prétende maintenant que plusieurs citoyens de Roswell ont soit visité le site, soit, par la suite, entendu parler de l'écrasement, la nouvelle de cet événement extraordinaire ne s'est apparemment jamais rendue jusqu'au major Marcel. Ni la radio ni les journaux de Roswell ne s'en sont faits l'écho!
        Par contre, Steve MacKenzie, qui apparaît maintenant être l'un des plus importants "témoins de première main" de Randle et Schmitt, prétend qu'il y aurait eu cinq corps d'extraterrestres (p. 10). Mais Mlle Franlcie Rowe rapporte que son père (le pompier) lui a affimé avoir vu, au site d'impact, un extraterrestre vivant et deux corps (p. 17). Selon le frère de Mary Bush, secrétaire de l'administrateur de l'hôpital de la base, son patron et elle auraient vu seulement un corps d'extraterrestire (p. 18). Toutefois, le briqueteur Glenn Dennis déclare qu'une amie infirmière lui a rapporté avoir assisté à l'autopsie de trois extraterrestres (p. 22). Selon un autre témoin cité par Randle et Schmitt, il y a eu "quatre petits hommes, dont l'un était vivant", mais l'épouse de celui-ci ne se souvient que de "seulement deux" (p. 19).
        Au cours d'une conférence de presse donnée le 25 mars 1994 à Roswell, Don Schmitt a déclaré qu'"aucun [des témoins] ne parle d'un vaisseau extraterrestre. Aucun ne parle des corps comme étant ceux d'extraterrestres." Cependant, quelques minutes plus tard, Kevin Randle affirmait: "Les gens qui sont allés au site parlent de corps qui n'étaient pas humains; ils étaient extraterrestres."
        Et comme si ce n'était pas déjà suffisant, un dénommé Jerry Willis se promène maintenant dans le circuit des conférences ufologiques américaines en se prétendant être la réincarnation de l'un des extraterrestres décédés lors de l'écrasement de Roswell!

6 — L'explication : de retour aux sources

        Pourtant, une explication beaucoup plus vraisemblable des événements apparaît clairement lorsqu'on lit attentivement l'article du Roswell Daily Record du 9 juillet 1947. Ce journal rapportait les propos de Mac Brazel, le rancher qui a découvert le supposé site d'écrasement

[ ... ] une vaste aire de débris très visibles, constituée de bandes de caoutchouc, de feuillets métalliques, d'un papier assez résistant et de bâtons… Le caoutchouc, de couleur gris fumé, se trouvait éparpillé sur une surface d'environ 200 mètres de diamètre... Le papier métallique, le ruban et les bâtons constituaient un paquet d'environ un mètre de long sur 17 à 20 centimètres d'épaisseur, alors que le caoutchoucfaisait un paquet d environ 40 à 50 centimètres de long pour environ 20 centimètres d'épaisseur. En tout, Brazell estime que l'ensemble pesait quelque chose comme deux kilos. On n'a pas découvert sur les lieux de traces d'un métal quelconque qui aurait pu servir à un moteur, ni aucun mécanisme de propulsion. Aucun mot n'a pu être relevé sur les pièces, bien qu'il s'y trouvaient quelques lettres. Une bonne quantité de ruban gommé et un peu de ruban sur lequel étaient imprimés des motifs de fleurs ont été utilisés pour la fabrication. Aucune corde ni fil n'a été découvert, même s'il y avait quelques oeillets dans le papier.

        Ainsi donc, l'état de la technologie extraterrestre doit être bien au-delà du nôtre pour produire un vaisseau interstellaire fait de caoutchouc, de papier, de feuillets métalliques et de bâtonnets.
        À moins que, autre hypothèse, les débris proviennent plutôt d'un ballon-sonde.
        Voilà d'ailleurs ce qu'avaient annoncé peu de temps après l'"incident de Roswell" les Forces armées américaines. Malheureusement, à l'époque, celles-ci avaient plus ou moins trafiqué la vérité en parlant des débris d'un ballon météorologique.
        La raison de ce cover up tient à ce qu'il s'agissait vraisemblablement des débris d'un réflecteur-radar accroché à un ballon atmosphérique de type Mogol — un système ultra-secret qui servait à l'époque à détecter les essais nucléaires soviétiques. D'ailleurs, les archives de l'Armée ainéricaine, récemment dévoilées, indiquent qu'un ballon Mogol a été lancé le 4 juin 1947 (soit dix jours avant la découverte des débris par Brazel) et qu'il n'a jamais été recupéré...
        Du reste, un extrait du rapport de recherche publié dans Skeptical Inquirer (janvier-février 1995, p. 41 à 48) commandé l'année demiùre par le Congrès américain à l'U.S. Air Force, rassemble toutes les informations pertinentes à la compréhension des événements de Roswell

        Évidemment, pour quiconque désirant croire à tout prix aux soucoupes volantes et à la complicité du gouvernement américain, un tel document n'aura rien de convaincant. Cependant, ce sont maintenant aux "croyants" d'apporter les preuves concrètes de ce qu'ils avancent.
        Après tout, il demeure que c'est à celui qui fait des affirmations extraordinaires d'en produire les preuves probantes.
        Autrement, quant à nous Sceptiques, le dossier "Roswell" est clos.
——————
Sources des documents traduits
Texte 1: (adaptation de) Plàlip J. Klass, Skeptics UFO Newsletter, novembre 1992, p. 8.
Texte 2: (adaptation de) Philip J. Klass, Skeptics UFO Newsleuer, mai 1991, p. 1 à 3.
Texte 3: (extrait de) Marc Hallet, Critique historique et scientiftque du phénomène OVNI., édité à compte d'auteur, décembre 1989, p. 66 à 68.
Texte 4: (adaptation de) Philip J. Klass, Skeptics UFO Newsleuer, septembre 1991, p. 1.
Texte 5: (adaptation de) Philip J. Klass, Skeptical UFO Newsletter, mai 1994, p. 1 à 5.
Texte 6: (adaptation de) Philip J. Klass, Skeptical UFO Newsletter, juin 1994, p. 7, et Robert Sheaffer, Skeptical Inquirer, été 1994, p. 364 à 365

Philip J. Klass

        Depuis les années cinquante, Philip Mass se passionne pour le phénomène ovni. Le premier cas qu'il a investigué avec minutie est celui des ovnis détectés au radar au-dessus de Washington D.C. en juillet 1952. La conclusion à laquelle est arrivée Klass — et que partage bon nombre d'experts — tient à ce qu'il s'agissait d'effets météorologiques produits par une inversion de température*.
        Klass se rappelle qu'à l'époque, Harry Truman s'était inquiété des rapports indiquant que des engins non identifiés — peut-être soviétiques — survolaient sans restriction la capitale américaine. Pourtant, le président des États-Unis ignorait tout de la "soucoupe volante" qui s'était supposément écrasée au Nouveau-Mexique en 1947. "Voilà qui donne à réfléhir", souligne M. Klass.
——————
* Voir notamment le chapitre "UFO's — The Modem Myth" de Donald H. Menzel dans l'ouvrage UFO's — A Scientific Debate, édité par Carl Sagan et Thomton Page, Comell University Press, 1972.

© Claude Lafleur, 1999

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