Extrait de l’ouvrage de Philippe Wallon "  Expliquer le paranormal " Albin Michel 1996

 

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postuler encore de localisation précise. La diminution de la pression sanguine toucherait les structures cérébrales d’une manière d’autant plus forte qu’elles correspondent à un fonctionnement plus évolué. La sophistication du cerveau s’est en effet accompagnée d’un développement parallèle de la vascularisation.

La vision de Godeschalc témoignerait de la richesse imaginative de ce fonctionnement a minima du cerveau. Une étude plus précise des récits des sujets après des comas pourrait ainsi nous renseigner sur les fonctions cérébrales supérieures, surtout si on peut les relier à des approches instrumentales (thermographie, résonance magnétique, électroencéphalographie numérisée, etc.). On comprendrait pourquoi certains sujets rêvent et d'autres non, et les raisons de la convergence de certains récits.

Réalité du dédoublement ?

Le rêve de voyage, ou de vol, à l’instar de tout rêve, ne pose pas vraiment de question quant à sa réalité. Ce n’est pas le cas de toutes les expériences de dédoublement, dont certaines au moins apparaissent  validées . Cette expérience a donné lieu à de nombreux ouvrages, surtout depuis celui de Moody [1977] sur les NDE. Ce psychiatre américain a recueilli auprès de patients des témoignages proches de celui du Dr K., w au début de ce chapitre. On a ainsi les récits de faits qui, en principe, n auraient pas dû quitter le cadre médical : gestes et propos d' une équipe s agitant autour du mourant, etc. Des enquêtes ont été faites, et ont pu exclure une information par les voies normales. On pourrait évoquer les capacités paranormales déjà vues (voyance, télépathie) : dans un état de conscience altéré, le sujet aurait accès, par son inconscient, à des données confirmées par ailleurs (Omniscience). L’hypothèse ne peut pas être exclue. Néanmoins, il me paraît intéressant d’examiner le dédoublement comme un phénomène distinct des précédents, au moins dans son apparence. Voici un cas médiéval se déroulant en Norvège, et rapporté par Lecouteux [1992, p. 57J,d après 1 Historca Norwegrae de Braskius

"Un pêcheur de Lübeck vint à parler de magie avec un Lapon de Bergen (Norvège), et celui-ci se vanta de pouvoir envoyer son esprit dans des pays lointains et d’en rapporter des nouvelles. Le Lübéckois lui demanda donc, pour le mettre à l'épreuve, de lui faire savoir ce que sa femme faisait173 présentement à Lübeck. Le Lapon se prépara aussitôt pour le voyage et rapporta, quelques heures plus tard, qu’il avait été à Luibeck, chez la femme du pêcheur et qu’il en avait rapporté un couteau comme preuve ; il ajouta que sa femme avait coupé du pain avec, qu’elle avait mis dans une carafe du vin pour préparer le repas de noces d’un de ses proches parents. II décrivit les habits du fiancé et son allure, ceux de la promise et des invités si bien que le pêcheur en fut consterné. Plus tard, tout se révéla exact. Entre-temps, le Lapon était étendu sur le sol, comme mort."

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hors texte: Note de GATTI

Il est intéressant ici de rapprocher la preuve du couteau rapporté par le lapon avec le crayon d'origine inconnue retrouvée après le rêve en 249/… dont voici l'extrait :" Voici un cas étudié par le psychologue anglais F. W.H. Myers dans son livre sur la Personnalité humaine. Un homme était tracassé par une erreur de comptabilité qu'il n'arrivait pas à localiser en dépit de ses recherches. Un matin, alors qu'installé devant sa glace il cherchait un chiffon pour essuyer son rasoir, ses yeux tombent sur un bout de papier qui traînait sur la table. Machinalement, il s'en saisit, y jette les yeux et y découvre, écrite de sa main au crayon, la référence de l'erreur introuvable : mois de septembre, telle page, telle colonne, telle ligne. Et aussitôt un rêve fait la nuit précédente lui revient en mémoire. Dans son sommeil, il s était vu feuilletant une fois de plus son registre et identifiant enfin l’erreur. IL avait alors (toujours dans son rêve) pris un crayon et noté la référence. Au réveil, il ne se souvenait plus de rien. Notre homme s’habilla rapidement et courut jusqu’à son bureau : la référence était exacte.

Deux faits au moins sont à retenir de ce cas pour notre sujet

- Le premier est que ce monsieur portait en lui, sans le savoir, hors d’atteinte de sa conscience vigilante, l’image de son livre de comptes, avec chiffres, colonnes, etc.

-Le deuxième est il ne reconnut pas le crayon qui lui avait servi, dans son sommeil. éveillé, ll lui fut impossible de se rappeler où il avait trouvé ce crayon inconnu au cours de son accès de somnambulisme. Endormi et rêvant, sa personnalité disposait donc de connaissances et de possibilités qu’éveillée elle n’avait pas. La littérature parapsychologique est pleine de milliers de faits de ce genre, prouvant (s’ils sont authentiques) que quelque chose en nous peut et sait formidablement plus que nous ne croyons pouvoir et savoir."

FIN DU HORS TEXTE

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SUITE DE L'ouvrage 201/…

Tout chercheur rêverait d’une telle observation : un récit attesté par une preuve matérielle, ici le couteau, amené par une sorte de translation, phénomène que nous aborderons plus loin (page 211). Légendaire ou non, un tel exemple est, on le devine, fort rare.

Evoquer la matérialité du dédoublement repose sur plusieurs sorte d’indices.

L’impression de "sortie du corps " est de peu de valeur, on l’a vu (rêve de vol). Comme pour le Dr K., on peut comparer son récit à celui des observateurs directs des faits, mais on n’élimine pas un autre processus paranormal. La vue du double "de l’extérieur" paraît aussi un argument.

Harts, ayant étudié près de trois cents cas de dédoublement prétendu, en trouve environ cinquante où des sujets disent avoir vu le double sous forme d’apparition. Dans trente de ces cas, la personne dédoublée était consciente d’être visible, ceci de différentes manières : simple intuition subjective, vision d’une vapeur, lumineuse ou non, apparition nette (opaque) mais perçue par un seul observateur, ou même apparition d’allure matérielle, visible par plusieurs. On retrouve fréquemment de tels récits :

Un soir, M. P., alors qu’il était au bord de la mer, voit une forme féminine scintillante. I1 émane une certaine sensualité de cette présence, qu’il ne reconnaît pas. Pour lui, cette apparition a annoncé une rencontre féminine qu’il fit le lendemain.

On peut évoquer un dédoublement, sous la forme d’une vapeur lumineuse. Il faut également discuter un simple rapprochement entre deux faits, une voyance (prémonition) ou une vision. Car de telles apparitions ne peuvent pas toutes être rapportées à un dédoublement :174 Mme L. me demande si, tel jour, je n’étais pas moi-même en dédoublement, car elle m’a vu, sur le bord de l’autoroute, au niveau d’une aire de repos, comme une silhouette scintillante. Elle est sûre dé m’avoir reconnu.Certes, il peut arriver qu’on se dédouble sans s’en rendre compte, mais les faits se situant de jour, donc en un moment de pleine conscience, ce serait plutôt une vision, d’autant qu’il s’agissait d’une personne coutumière du paranormal (elle disait, en particulier, voir les auras). Ailleurs on pense tenir des arguments plus forts :

Mme U., une nuit, sent une présence à côté d’elle, dans son lit. I1 s’agit d’un homme, qu’elle connaît bien. Le lendemain matin cet homme l’appelle au téléphone : il a rêvé d’elle pendant la nuit.

Même prise au premier degré, la confrontation de deux témoignages ne permet pas d’identifier le processus. L’observation peut, là encore, entrer dans le cadre d’une télépathie ou d’une vision. Aussi la perception par un tiers, examinée cas par cas, reste peu satisfaisante. Pour sortir de cette impasse, on s’est appuyé sur le comportement des animaux :

M. N. était dans son cabanon de montagne, en train de dormir. Soudain, des loirs se sont mis à faire du bruit dans son plafond. Quant à lui, il volait juste au niveau des poutres. Il observait les loirs, qui semblaient surpris de le voir. Peu après, s’étant réveillé, il a pris un balai, et tapant là où il les avait vus en rêve, il les a fait rapidement fuir de leur trou.

L’attitude d’un animal constitue-t-elle vraiment la preuve d’une présence quasi matérielle dans un lieu donné ? Des expériences ont été faites. Hardy [1986, p. 72 sq.] relate l’une d’elles, menée avec un jeune chat. Celui-ci, au heu de miauler se calmait lors des dédoublements de son maître, mais il ne se dirigeait pas pour autant vers une direction spécifique. Cela serait un indice pour une non-localisation du double, malgré l’apparente localisation du point de vue. I1 ne faut cependant pas oublier que l’animal, en tant qu’être vivant, serait sensible au paranormal. II ne constitue pas plus que l’humain une preuve de la matérialité du double.

Pour préciser l’expérience de dédoublement, il faut se garder de tout amalgame. Le "voyage" peut être un simple rêve comme une bilocation d’allure matérielle. On doit explorer le (175) récit avant de tenter une validation. Ainsi, sur le plan scientifique, le dédoublement a posé de gros problèmes méthodologiques. Hardy [1986,1988] s’en est fait l’écho. Aucune expérimentation n’a pu vraiment trancher. On a testé la matérialité du " point de vue ", ce qui se serait déplacé, avec des jauges de contraintes pouvant enregistrer les moindres pressions. Des conditions expérimentales très complexes ont voulu distinguer la voyance du dédoublement, l’action du double de la psychokinèse... Les résultats sont contradictoires. On a cependant constaté, durant le voyage, que l’électroencéphalogramme enregistrait un état de profond relâchement (sans qu’il soit possible d’identifier une activité cérébrale spécifique), confirmant le rôle de l’inconscient.

Le dédoublement pose ainsi des problèmes de validation d’un ordre comparable aux autres capacités paranormales. Il peut être appréhendé seulement par celui qui le vit. L’observateur extérieur n’est pas à même d’en saisir véritablement la teneur. I1 reste que le sentiment de dédoublement est répandu, il survient inopinément chez des sujets qui n’ont subi aucune influence extérieure. Les témoignages, malgré leur variété, se regroupent sur un axe délimité, presque stéréotypé, tant au niveau des manifestations que des causes qui paraissent entrer en jeu.

La bilocation, un cas exemplaire : Mère Y-A. de Malestroit La bilocation constitue la forme la plus achevée de dédoublement : se trouver, et parfois agir matériellement, en deux endroits à la fois. Elle semble extrêmement rare. Laurentin et Mahéo [1990], à partir d’une étude critique du travail de Marti-netti9, retiennent seulement une quarantaine de sujets, presque tous des saints canonisés ou des sujets en cours de béatification. Pour mieux appréhender cette bilocation, je me limiterai à un cas récent, soeur Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951).

Personnalité étonnante, elle est arrivée très jeune à des responsabilités ecclésiastiques éminentes : elle était fondatrice et supérieure générale de la Fédération des augustines hospitalières, regroupant plus de 1500 religieuses dans différents pays. Héros de la Résistance, elle a collectionné les récompenses civiles et militaires, françaises et étrangères, et a été décorée par le général de Gaulle lui-même. Lors de son décès, s’est réunie une foule considérable, et son cercueil a été accompagné par de nombreux prêtres. Une Cause de béatification a (Page 176)

Cependant le père Laurentin, par permission expresse (mais sans levée de l’interdiction), a été autorisé à publier quelques livres à son sujet, dont un entier sur ses bilocations, qui constitue donc, malheureusement, notre seule source. II reste que le Dr. D., que je connais personnellement, a pu mener sa propre enquête auprès de témoins. Les faits seraient attestés, même si la notabilité de l’intéressée (ou de ses témoins) ne constitue pas une preuve.

La bilocation appartenant aux dédoublements, on ne s’étonnera pas de rencontrer, chez Yvonne-Aimée, une variété quasi continue de phénomènes, de simples intuitions, des voyages en rêve, jusqu’aux bilocations, et parmi celles-ci, des cas où le corps physique est immobile et le double seul actif, et d’autres avec double action matérielle complexe :

" Mon âme et mon corps biloquent. Parfois aussi mon âme seule s’en va. D’autres fois, c’est une vision. Mais je suis extrêmement présente à ce qui se passe. "

(Doc. no 343 Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 95)

Ces auteurs ne retiennent comme validés que dix cas parmi les 151 expériences de bilocations qu’aurait présentées ‘Yvonne-Aimée. Un me semble caractéristique, car c’est la même personne qui perçoit, à la fois, l’activité de la soeur et celle de son double.

" Mère Ange Gardien était chez Soeur Yvonne-Aimée, au second, et comme elle [était] inquiète parce qu’elle ne lui répondait pas, elle est restée auprès d’elle. Elle a très bien entendu (dans la cellule) ce que Soeur Yvonne-Aimée répondait à Mère Madeleme [dans une autre aile du bâti-ment]. " (Déposition no 102, mère Marie-Anne, ibid., p. 29) Comme dans l’exemple du Lapon et de l’évêque, le double apparaît capable d’une action matérielle. Et l’observateur pour-rait même ne pas l’identifier :

"  Je suis ici près de vous, et, en même temps, dans ma cellule, près de Mère Assistante [...]Mais c’est moi, dit-elle. Tenez.Elle se lève, allume sa lampe électrique et la dirige sur mon visage. "  (Témoignage no 304 du père Labutte, ibzd., p. 48) La démonstration paraît un peu naïve. II reste qu’un observateur attentif, et surtout fort intuitif, peut percevoir une anomalie dans le comportement du sujet en bilocation :

" Pour cette bilocation, j’ai la preuve très nette : Yvonne était postulante [...). Et, un matin, [...] elle était dans ce qu’on appelle la laiterie, et elle travaillait. [...] Elle a été très gentille. Elle m’a très bien accueillie, mais j’ai eu tout de suite l’impression qu’elle n’était pas là. Ça ne l’empêchait pas de continuer son travail. [Suit une discussion avec Soeur Saint Jean qui, devant ce sentiment curieux, va dans la cellule d’Yvonne-Aimée.] Alors Soeur Saint. Jean est montée. En effet, [...] elle l’a trouvée assise à sa table, écrivant sa lettre. "  (Mère Marie-Anne, déposition no 102, faits datés du 21 juillet 1927, ibid., p. 29) p q Une double action n’est pas fréquente, même si, dans ce cas, sœur Yvonne-Aimée effectuait, au niveau de son corps physique, une tâche machinale. L’intéressée nous explique ses motivations :

" Eh bien oui, c’est vrai ! J’ai écrit ces lettres aujourd’hui, elles ne sont pas parties encore. J’étais en bas et en haut. Je n’ai pas eu le temps de faire autrement. "(Mère Madeleine ,déposition no 420, op. cit. p. 30)

On pourrait s’étonner de cette suractivité, et surtout de l’utilisation d’une méthode tellement complexe, si Yvonne-Aimée la mettait en place consciemment. De fait, le dédoublement survient hors de son désir :

" Quelquefois, je ne sais pas comment cela se fait, je suis au lit et à la messe quand même. Je ne sais pas si c’est mon esprit qui y est, ou si j’y suis avec mon corps. Je ne peux pas contrôler. Mais pourtant je suis au lit ! A la messe aussi, car je me tâte, je me sens bien et vois bien que j’y suis... Je ne comprends pas, mais ce n’est pas la peine. "(Id., p. 95)

Une telle vérification prête à sourire. Il est vain de se pincer pour savoir si l’on rêve ! Yvonne-Aimée ne peut pas prouver la matérialité du double. Il est amusant de constater qu’elle ne dispose d’aucun argument tangible pour distinguer son corps

 

CE TEXTE CONCERNE l'affaire Tina RESCH ?

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lin ", du nom de ce film américain où des petits monstres prennent un malin plaisir à tout saccager. Comme on l'a vu plus haut, c'est l'image de la colère de l'enfant, qui casse tout, même ce qui lui est cher. Ici, de plus, ce tumulte serait le reflet du désordre mental de la jeune fille. En second lieu, l'incapacité de l'électricien aurait augmenté le désarroi de la famille.

Le lendemain, c'est au tour des œufs qui traversent la pièce pour aller s'écraser sur les murs. L'effet "gremlin" est majeur. Les témoins disent que les oeufs traversent la porte du frigo.

Rien n'est moins sûr, ils "translateraient" plutôt du dedans au dehors de la porte, sans passage à travers elle. Nous examinerons ce processus dans les prochaines pages.

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Note hors texte de GATTI: "Ici casar n'est pas du tout d'accord avec Philippe WALLON sur la maniere dont les œufs traverseraient la porte du frigo; Il semble que la pauvreté des connaissances en physique fondamentale de Wallon est surtout en cause"

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L'exorciste se révèle inutile, hozs course. Qu'il ait cru aux esprits ou non, il aurait fallu qu'il se sente en mesure de contrer le mécanisme en cause, à l'instar de celui vu plus haut, lors de l'histoire des pommes.

Tina se décrit comme une malade : elle dit qu'elle a constamment mal à la tête ainsi que des crampes d'estomac. Tous ces signes traduisent une forte angoisse, une grande tension intérieure, dont le poltergeist serait la décharge. La responsabilité qu'on lui attribue est lourde à porter, et génératrice d'angoisse à son tour. A l'inverse, le poltergeist, constituant une décharge, lui permet peut-être de ne plus ressentir ces choses à l'intérieur d'elle-même, comme les malades psychosomatiques dont l'esprit est libéré par l'évidence sur le plan matériel.

Viennent alors le journaliste et le photographe. Si tout d'abord rien ne paraît, ce n'est pas que "la force craignait la photo". Tina est distraite par le journaliste, nouveau venu, qui discute avec elle, sa pensée est focalisée sur l'appareil photo.

En outre, le photographe a un rôle profondément inhibiteur. Il désire ardemment son cliché, ce qui est antagoniste du paranormal. S'il existe le moindre fonctionnement psychique à l'unisson entre Tina et lui, il ne peut que bloquer tout processus paranormal.

Puis le photographe, tout en gardant le doigt sur l'appareil,détourne la tête. C'est dans ces circonstances qu'au bout de vingt-cinq minutes se produisit le poltergeist. La photographie montre le téléphone, au bout de son fil tiré en ligne droite, ayant fait déjà plus d'un mètre de trajectoire. Dans le déclenchement, plusieurs facteurs ont dû jouer. Au fur et à mesure de l'entretien, le journaliste, constatant (par exemple) la sincéritéde Tina, ne la voyant plus comme une "bête curieuse", (211) s'introduit lui-même, à son insu, dans la contagion affective. Il ne fait plus obstacle à une résonance avec elle. En outre, le photographe ne mobilise plus l'attention de Tina. Confiant dans ses automatismes de métier, il a même pu détourner sa propre attention de son appareil. Enfin il commençait peut-être à se lasser, à ne plus attendre. Il aurait, par là même, libéré son inconscient, et donc favorisé la survenue du poltergeist.

Avec l'examen de ces trois cas, le Mental apparaît une explication pertinente : les conceptions psychanalytiques de l'inconscient rendent bien compte des prémisses, et la notion de Toute-Puissance des niveaux profonds. vient les compléter. La résonance affective, amplifiant les capacités de l'individu "causal " par une interaction occulte avec le groupe, nous éclaire sur l'importance particulière des phénomènes observés.

 Translation et poltergeist

Pour terminer, je pense nécessaire de dire quelques mots d'un processus qui intervient au sein du poltergeist, la translation, le fait de se déplacer d'un endroit à un autre instantanément, sans intermédiaire. Nous l'avons déjà évoquée pour les objets. Dans le cas d'une personne, le sujet disparaît du premier lieu et apparaît au second. Ce phénomène est très différent de la bilocation, avec laquelle les études ont tendance à le confondre, C'est ici le corps physique qui serait transporté. Une fois de plus, le cas d'Yvonne-Aimée de Malestroit nous retiendra.

Dans l'ouvrage souvent cité de Laurentin et Mahéo, bilocation et translation sont intimement mêlées. Néanmoins, individuellement, le classement du cas a été effectué. Voici un exemple intéressant, à un niveau phénoménologique, par la précision du récit de son déroulement (p.15) :

 

Le 1° juillet 1923, à huit heures un quart, Mère Madeleine se rend dans la chambre d'Yvonne-Aimée à Malestroit. Elle l'avait laissée avec une fièvre de 40o 5 et un enveloppement humide. Elle raconte : "J'ai trouvé le lit vide, en désordre, le linge mouillé qui l'enveloppait, jeté sur la descente de lit [...) J'ai regardé si elle avait pris ses vêtements : robe manteau, souliers, tout était en place. [...] Vers neuf heure;et demie, j'ai entendu frapper deux petits coups dans le bureau [...), j'y suis allée de suite. [...) J'y étais à peine que j'ai entendu au 3 [la chambre d'Y-A) le bruit de quelqu'un qui se met au lit. Immédiatement, j'y suis retournée. Yvonne (Pages  212 et213) était couchée et dormait profondément. [...] Je l'ai réveillée [...] Voici ce qu'elle m'a raconté : comme je venais de la quitter, elle a ressenti la secousse électrique qui est le prélude ordinaire de ces expéditions-là. [...] Elle est comme tombée en syncope et s'est retrouvée dans la rue d'une grande ville [en Allemagne] [...). Elle a marché dans la rue environ un quart d'heure. [...] Elle s'est arrêtée devant une grande porte cochère. [...] Au second étage, elle a sonné (...], elle a demandé la maîtresse de maison. [...J Yvonne ignorait complètement l'objet de sa visite. Elle m'a dit avoir été saisie d'une angoisse inexprimable à ce moment-là. Mais les mots sont venus sur ses lèvres en temps voulu. [Suit le récit de la visite.] Dans la rue elle a marché quelques minutes puis s'est sentie reprise. [...] Elle a perdu connaissance pour être réveillée par moi. Elle a mis une heure un quart à faire le "voyage."

 Notes

 1. Roll, W.,  The changing perspective on life after death , Advances in

Parapsychological Research, New York, Plenum Press, vol. 3, 1982,

p. 212-217, cité par Hardy,1986, p.149 sq.

2. Bender, H.,  Der Rosenheim Spuk : ein Fall spontaner Psychokinese ,

Parapsychol. Grensgeb. Psychol.,1968, II,104-112.

3. Doukan, G.,  La parapsychologie n'est plus ce qu'elle était  Bulletin de , ,p ,

1 AGMF,1978, 94 .17.

4. Dans la Revue métapsychique, juin 1966.

5. Bender, H.,  New developments in Poltergeist Research , Proceedings

of the Parapsychological Association,1969, 6, p. 81-102.

Ce récit a été consigné par écrit dès le lendemain, ce quiexplique sa précision (document no 394, daté du 2 juillet 1923). Plusieurs éléments sont retrouvés dans d'autres récits. Outre l'instantanéité des déplacements, la "secousse" que les témoins des voyages d'Yvonne-Aimée ont souvent notée comme caractéristique du " départ". La double annihilation de la conscience, profonde (assimilable à une syncope), rappelle la nécessité de la disparition de la conscience dans les phénomènes paranormaux majeurs. Enfin, le fait de délivrer son message hors de toute volonté a déjà été évoqué page 103.

 

 

Sur un plan théorique, on retrouverait ici l'Ubiquité, l'indépendance vis-à-vis de l'espace. Le sujet, une fois qu'il accède aux couches profondes du Mental, deviendrait physiquement indépendant, il pourrait quitter son environnement originel pour  entrer  dans un autre environnement et retrouver, par la suite, sa place première. II s'agirait d'une sorte de  maniement de l'espace , même si cette hypothèse, très hardie, doit être développée pour être véritablement appréhendée. On va voir, avec la lévitation, ce qui constituerait un autre aspect de ce  maniement .